31 mars 2008
POURQUOI LES FARC GARDENT INGRID BETANCOURT?
"Pour les Farc, Ingrid Betancourt vaut de l'or"

INTERVIEW DE Jacques Thomet ex directeur de l'AFP à BOGOTA
Propos recueillis par Marie Simon -L'EXPRESS.FR
"La pression exercée par sa famille et par la France a transformé Ingrid Betancourt en pépite d’or" pour la guérilla colombienne, estime Jacques Thomet, ancien chef du bureau de l’AFP à Bogota et auteur de Ingrid Betancourt, affaire de cœur ou raison d’Etat? (Hugo Doc, 2006). Il commente la dernière offre du gouvernement colombien et la gestion "personnelle" de l'affaire en France.
Le gouvernement colombien propose de faire sortir de prison des guérilleros si les Farc libèrent Ingrid Betancourt. Que pensez-vous de cette proposition?
C’est un pas en avant sans précédent. D’autres propositions avaient déjà été faites, même si on les oublie: le gouvernement a ainsi offert de démilitariser une large zone pour effectuer des échanges humanitaires. Cette zone est non peuplée, alors que les Farc exigent de démilitariser une zone peuplée très proche de Cali. Cette offre, et d’autres, a donc été refusée par la guérilla. Mais pour revenir à cette nouvelle proposition, je trouve même qu’elle dépasse l’entendement.
En quoi vous semble-t-elle si surprenante?
Le gouvernement n’y pose aucune restriction alors que, parmi les quelque 1000 à 1500 guérilleros incarcérés, certains ont commis des crimes contre l’humanité. C’est comme si on libérait des terroristes d’Al-Qaeda ou de l’ETA, car les Farc, je le rappelle, font partie de la liste des organisations terroristes reconnue notamment par l’Union européenne. Même l’ONU a rappelé le président Uribe à l’ordre.
Pourtant le Premier ministre français, François Fillon, a proposé d’accueillir des prisonniers en France, en les qualifiant de "prisonniers politiques".
Oui et j’en suis effaré! Cela ouvre une voie dangereuse: quelqu’un comme Yvan Colonna pourrait demander à être reconnu comme "prisonnier politique". Cela m’étonne qu’aucun intellectuel français n’ait encore manifesté sa préoccupation…
L’état de santé d’Ingrid Betancourt est très alarmant. Même si elle n’est qu’une otage parmi des centaintes d’autres otages des Farc, cette offre "sans précédent" signifie-t-elle que le gouvernement colombien se décharge de toute responsabilité au cas où il serait trop tard pour elle?
C’est ce que l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye, affirme. Mais, vous savez, à force de donner la parole à ses proches qui, parfois, appuient les demandes de la guérilla, on oublierait presque que le gouvernement colombien n’est pas responsable du drame des otages... Les seuls responsables, dans cette affaire, ce sont les Farc.
Reuters/Ho New
Image tirée de la vidéo diffusée fin novembre 2007, montrant Ingrid Betancourt à bout de forces.
La pression de sa famille joue-t-elle en sa faveur?
Non, cette pression exercée par sa famille mais aussi par la France a transformé Ingrid Betancourt en poule aux œufs d’or pour les Farc. Ingrid elle-même s’est inquiétée de la campagne internationale en sa faveur qui rendait plus difficile sa libération, raconte Luis Eladio Perez, un ex-otage interviewé dans la revue Semana. Dans le cas de la France, cette affaire centrée sur Ingrid Betancourt est devenue une affaire "affective et sentimentale", comme le disait l’ancien ambassadeur de France à Bogota, Camille Rohou.
Une affaire "affective et sentimentale"… C’est-à-dire?
Le prédécesseur de Camille Rohou à l’ambassade de France en Colombie, de 2000 à 2004, était Daniel Parfait. Il a divorcé pour se remarier avec Astrid Betancourt. Il est donc le beau-frère d’Ingrid Betancourt. Quant à Dominique de Villepin, Premier ministre lorsqu’elle fut enlevée en février 2002, il a été son professeur à Science Po Paris en 1982. Proche d’elle, il a pleuré lors d’une conférence de presse à Bogota et tenu des propos "limites" au sujet d’Alvaro Uribe.
Mais depuis, la gestion du dossier au plus haut niveau est-elle restée aussi "personnelle"?
Depuis 2004, le directeur des Amériques, et qui s’occupe notamment du dossier colombien au Quai d’Orsay, n'est autre que ce même Daniel Parfait! Et, en lançant un appel à Marulanda, le chef des Farc, à la télévision colombienne, le président français Nicolas Sarkozy a pris le relais. Mais je doute que cette stratégie aboutisse.
Comment est perçue cette lecture française de la situation, en Colombie?
Il y a eu deux étapes. La position française a d'abord beaucoup irrité. La mise en avant systématique de la famille d’Ingrid Betancourt et l’oubli des quelque 800 autres otages ont suscité l’incompréhension. Puis, en novembre, on l’a vue très amaigrie dans une vidéo: depuis, tout le monde demande sa libération et les ex-otages ont pris sa défense.
Ingrid Betancourt a-t-elle une chance d’être libérée?
Sauf si son état de santé est vraiment lamentable, ce qui semble être le cas d’après les derniers témoignages, je ne vois pas ce qui le permettrait… Elle est la pépite d'or des Farc qui veulent obtenir un maximum de concessions avant de la libérer.
Justement, comment ont-elles réagi à l’offre du gouverment Uribe de libérer des guérilleros sans restriction?
Elles sont très perturbées. Cinq jours après, elles n’ont pas encore trouvé de réponse à donner.
Jacques Thomet, ancien chef du bureau de l'AFP à Bogota, la capitale colombienne, tient également un blog largement consacré à la Colombie et a publié AFP, les soldats de l'information (Hugo Doc, 2007).
30 mars 2008
LA FRANCE ATTEND UNE LIBERATION POSSIBLE..
|
| Un avion français attend Ingrid Betancourt en Guyane dim. mars 30, 2008 2:48 CEST PARIS (Reuters) - Un Falcon 900 de la République française se tient prêt depuis vendredi soir sur un aéroport près de Cayenne, en Guyane, en cas de dénouement dans les tractations sur la libération d'Ingrid Betancourt. "Cet appareil se tient à disposition jusqu'à lundi", a-t-on précisé dimanche à l'Elysée. A partir de lundi, un avion médicalisé mais basé cette fois en métropole se tiendra ensuite "prêt à tout moment" à la demande du président Nicolas Sarkozy afin de parer à toute éventualité, a-t-on ajouté. "Des informations concernant l'état de santé d'Ingrid Betancourt ainsi que des déclarations faisant état de possibles tractations à propos de sa libération ont amené le président de la République à décider, à titre de précaution et pour qu'elle puisse recevoir aussitôt des soins appropriés et être acheminée au plus vite vers un centre hospitalier si elle était libérée, de pré-positionner un avion médicalisé en Guyane, prêt à intervenir à tout moment", avait auparavant indiqué le service de presse de l'Elysée. L'appareil s'est posé "discrètement" dans la nuit de vendredi à samedi sur l'aéroport de Rochambeau et se trouve en "stand-by" dans une base militaire voisine. L'Elysée a précisé au Journal du dimanche ne pas avoir d'information sur l'imminence ou non d'un accord dans les discussions en vue de la libération de la Franco-colombienne retenue en otage par les Farc dans la jungle colombienne. Dans ce contexte, un comité de soutien à Ingrid Betancourt appelle à participer à une manifestation inédite le 6 avril, une "marche blanche" organisée dans toute la France pour montrer la détermination des citoyens "à voir Ingrid libre." Il sera demandé aux participants "de venir tout de blanc vêtus, en symbole de paix", précise un communiqué. Outre Paris, des marches auront lieu à Avignon, Strasbourg, Montpellier, Nice, Marseille, Toulouse et Bordeaux, notamment. Les autorités colombiennes ont proposé jeudi de libérer sans délai plusieurs centaines de guérilleros en échange d'Ingrid Betancourt, otage depuis février 2002. Elles ont par ailleurs confirmé que la sénatrice franco-colombienne, âgée de 46 ans, était gravement malade, atteinte du virus de l'hépatite B et souffrant de malnutrition. Samedi, le président colombien Alvaro Uribe a déclaré que la France serait disposée à accueillir des guérilleros colombiens qui libéreraient des otages retenus par les Farc, dont Ingrid Betancourt. Son ex-mari, Fabrice Delloye craint ainsi que l'otage franco-colombienne ne "soit en train de mourir, ou soit déjà morte". "Je me demande si Bogota ne dispose pas d'informations que nous n'avons pas et s'ils ne sont pas en train d'ouvrir le parapluie" pour se couvrir, a-t-il dit samedi. Gérard Bon | |
29 mars 2008
LE SILENCE DES FARC:L'angoisse augmente
Ingrid Betancourt : l'angoisse des proches augmente,sur fond de tractation
AFP - 29/03/2008
PARIS (AFP) - L'angoisse des proches d'Ingrid Betancourt est encore montée d'un cran samedi alors que les nouvelles alarmantes sur l'état de santé de l'otage franco-colombienne s'accumulent sur fond de tractations intenses pour la faire libérer.
L'ex-mari d'Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye, a déclaré samedi à l'AFP craindre qu'elle "soit en train de mourir, ou soit déjà morte", après des déclarations alarmistes de Bogota sur son état de santé.
"J'ai peur qu'Ingrid Betancourt soit en train de mourir ou soit déjà morte. Ce qui m'angoisse le plus, c'est la déclaration du gouvernement colombien, je me demande s'ils ne disposent pas d'informations que nous n'avons pas et s'ils ne sont pas en train d'ouvrir le parapluie", a dit M. Delloye.
"Les nouvelles sont très mauvaises, je suis extrêmement angoissé", a renchéri le porte-parole du comité de soutien, Hervé Marro.
La veille, la fille d'Ingrid Betancourt, Mélanie Delloye, s'était dite "très inquiète".
"Je ne veux pas que tout se passe trop tard et qu'on ne réussisse pas à la sauver alors qu'on a les moyens de le faire", a-t-elle déclaré, alors que, selon des sources proches du dossier, des tractations intenses se poursuivent en vue de sa libération.
Ingrid Betancourt, prisonnière de la guérilla colombienne depuis six ans, est "très malade" et "son état de santé est extrêmement fragile", a indiqué vendredi une source officielle colombienne.
La soeur d'Ingrid, Astrid Betancourt, a tenu pour sa part à souligner que "rien de concret" ne permettait aujourd'hui "de dire que l'irréparable était arrivé" à l'otage.
voir l'article et l'interview d'Astrid Betancourt en cliquant sur http://vincentportier.canalblog.com/archives/2008/03/21/8411074.html
Elle a toutefois lancé un appel aux Farc: "je demande à la guérilla, au cas où l'état de santé de ma soeur s'aggrave, de contacter les autorités vénézuéliennes, françaises ou suisses" de façon à ce qu'elles puissent intervenir sur le plan médical.
Astrid Betancourt a également mis en cause l'"incohérence" des autorités de Bogota.
"Ce qui m'inquiète le plus, c'est l'incohérence du gouvernement colombien qui d'un côté prône la voie négociée pour la libération des otages et d'un autre côté intensifie la présence militaire" dans les zones où sont retenus les otages, a-t-elle déclaré.
Bogota a proposé jeudi de faciliter la libération de guérilleros emprisonnés si Ingrid Betancourt était relâchée.
"Nous voulons interpréter les déclarations de Bogota comme une ouverture", a déclaré de son côté le vice-président de la FICIB (Fédération internationale des comités de soutien à Ingrid Betancourt), Olivier Roubi. "J'espère que le président colombien Alvaro Uribe ne fera rien pour contrer certaines initiatives en cours" pour la libération de l'otage, a-t-il dit.
Il a notamment fait référence au plan récemment présenté à Paris par l'ex-otage et ancien sénateur Luis Eladio Perez, où la France joue un rôle "crucial" pour l'échange de prisonniers.
Les Farc, en lutte contre les autorités colombiennes depuis 1964, réclament la libération de quelque 500 guérilleros détenus, en échange de celle d'un groupe de 39 otage dits "politiques", dont Ingrid Betancourt
INGRID,UNE HISTOIRE SANS FIN
Colombie: pour sauver Ingrid Betancourt, ovation mondiale à la loi d'amnistie... des paramilitaires!
par Christian GALLOY, directeur de LatinReporters
MADRID / BOGOTA, samedi 29 mars 2008 - La clameur planétaire en faveur d'une libération immédiate de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, que la maladie menace d'une issue fatale après plus de six ans de séquestration par la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), s'accompagne d'une heureuse quoique surprenante, voire involontaire car inconsciente, réhabilitation morale du président conservateur colombien Alvaro Uribe.(LatinReporters.com)
Le président Uribe recueille une ovation internationale pour avoir proposé aux FARC, en échange de la libération de séquestrés ou même de la seule Ingrid Betancourt, l'élargissement de tous les guérilleros prisonniers, y compris ceux qui ont été condamnés pour crimes contre l'humanité.
Un simple décret présidentiel d'application, annoncé le 27 mars, de l'article 61 de la Loi 975 de 2005 situe cette largesse dans le cadre légal colombien. Or, la Loi 975 de 2005, plus connue sous le nom de Loi Justice et Paix et applicable à tous "les membres de groupes armés organisés en marge de la loi" avec lesquels seraient notamment conclus des "accords humanitaires", est celle qui a permis la démobilisation et la réinsertion réelle ou théorique de quelque 30.000 paramilitaires. Pendant plus de vingt ans, ces miliciens, répertoriés comme les FARC sur les listes internationales d'organisations terroristes, ont perpétré de nombreux massacres en luttant contre la guérilla, parfois en collaboration avec l'armée colombienne.
Depuis trois ans, la Loi Justice et Paix, dont l'application aux paramilitaires limite à huit ans d'emprisonnement la peine pour les crimes les plus graves, mettait Alvaro Uribe au pilori des associations de défense des droits humains, de divers gouvernements et organisations internationales, d'un nombre imposant de médias non colombiens, des comités Ingrid Betancourt et plus encore de la famille de l'illustre otage. Soupçonné de vouloir venger la mort de son père, abattu par les FARC en 1983, le président colombien a souvent été dépeint comme l'ami et l'allié des paramilitaires.
Mais voilà qu'en élargissant aujourd'hui jusqu'à l'infini l'impunité garantie par la même loi, activant en faveur des prisonniers des FARC des prérogatives présidentielles prévues par l'article 61 de cette Loi 975 de 2005, Alvaro Uribe est acclamé par l'Organisation des Etats américains, la France, les Etats-Unis, l'Espagne, l'Argentine, le Pérou, l'Eglise, la majorité des médias internationaux, les comités Betancourt et, avec des nuances, plusieurs proches et parents d'Ingrid.
Il se confirme ainsi que la vénération de la célèbre otage Franco-Colombienne transcende le politiquement correct et les discours classiques sur les droits de l'homme. Les pessimistes en déduiront qu'une immense hypocrisie vient d'être mise à jour. Ce chapitre enrichira peut-être le programme des facultés de journalisme.
A tort ou à raison, quelques consciences restent éveillées. A Bogota, le directeur-adjoint du bureau de l'ONU, Javier Hernandez, vient de lancer un appel pour que "dans la liste de personnes [guérilleros des FARC; ndlr] susceptibles d'être libérées ne soient pas inclus ceux qui purgent des peines pour crimes de guerre ou pour crimes contre l'humanité". Et le procureur général de la Colombie, Mario Iguaran, conditionne son appui au décret présidentiel à la libération de "tous les otages" de la guérilla. Ils sont près de 800 en incluant les séquestrés dits économiques, que les rebelles ne libèrent d'ordinaire que contre paiement d'une forte rançon.
Par ailleurs, une condition générale de la Loi 975 de 2005 pèse sur le décret présidentiel: les bénéficiaires de cette loi doivent "s'engager à ne plus commettre de délits". Dans le cas des guérilleros prisonniers, cela signifie promettre de ne pas rejoindre les rangs de la guérilla. Cette condition, les chefs des FARC ne l'ont jamais acceptée.
Les observateurs s'attendent à un refus par les FARC de l'offre d'élargissement de leurs militants emprisonnés contre la libération d'Ingrid Betancourt. Les témoignages de villageois du département du Guaviare, qui ont vu fin février des centaines de guérilleros accompagner et garder Ingrid Betancourt dans divers dispensaires locaux où l'on a tenté de retarder les effets de la leishmaniose et de l'hépatite B qui la rongent, confirment que la Franco-Colombienne reste le joyau du chantage politique des rebelles.
En principe, sauf issue fatale, opération réussie de l'armée ou rébellion contre leurs chefs de guérilleros attirés par les récompenses financières promises par le président Uribe, Ingrid Betancourt ne devrait être libérée qu'en échange de concessions politiques réclamées par les FARC. En outre, il est difficile d'imaginer que la guérilla la livre à Alvaro Uribe sans qu'en retire le moindre bénéfice politico-médiatique le président vénézuélien Hugo Chavez, principal allié des guérillas colombiennes.
A Caracas, les nouvelles largesses d'Alvaro Uribe ont été saluées par le silence officiel. Telesur, chaîne satellitaire au service des ambitions bolivariennes de Hugo Chavez, a tout de même relevé, comme une critique, que la Loi 975 de 2005 et la Loi Justice et Paix amnistiant des paramilitaires sont une seule et même loi.
28 mars 2008
HISTOIRE ORDINAIRE D'UNE COLOMBIE BRISEE
Ordinary history of a broken Colombia.
Lui est anglais et voyageait en Colombie, commençant une carrière de photographe de conflits et de guerres. Elle était jeune, sensuelle et amicale. Ils se sont aimés dans une zone dominée par les paramilitaires, dans le Putumayo, en Colombie. Elle lui a avoué son secret : c'était l'une des tueuses professionnelles des Autodéfenses Unies de la Colombie et aussi une freelance qui tuait pour de l'argent, avec plus de vingt morts à son actif. The Independent . Londres, le 6 mars 2008.
Il y a un moment dans toute relation où arrivent les confidences. En général, elles sont d'ordre amoureux, sur les fiancés passés - avec quelques oublis de convenances - et ce type de chose. Parfois, le secret avoué peut jusqu'à changer la relation : l'honnêteté a son prix. Et que se passe-t-il si le secret de ta fiancée est beaucoup plus obscur et sinistre qu'une liste de fiancés ?
Assis, nu au bord du lit, d'un hôtel bon marché et crasseux au beau milieu d'une zone de guerre, productrice de drogues, en Colombie, j'ai saisi une cigarette et je me suis mis à écouter la fille avec qui je venais de faire l'amour et qui m'avouait une chose inimaginable.
J'étais depuis déjà un mois en Colombie, apprenant à devenir photographe de presse. Ce n'est pas que je suivais des cours à l'université ou que je faisais des portraits dans un studio. Ce que je faisais, c'était de me jouer à chaque prise. J'étais dans un pays avec de rares moments de paix. Depuis environ quarante ans, le groupe rebelle marxiste des FARC - Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie - avait fait la guerre au gouvernement se finançant par des enlèvements contre rançons et en prélevant un impôt sur le trafic de cocaïne. Les escadrons de la mort de droite, connus comme les Autodéfenses, étaient apparus en réponse aux enlèvements de propriétaires terriens et de barons de la drogue. Sous le parapluie des Autodéfenses Unies de la Colombie (AUC), ces milices privées, ces paras (paramilitaires), recevaient un appui secret du gouvernement et des militaires pour leur guerre sale contre les FARC.
Cette guerre à trois bandes avait déjà coûté plus de 200.000 vies et plus de trois millions de personnes avaient été forcées à abandonner leurs maisons, menacées ou victimes de la violence. Ce serait une grossière injustice penser le conflit comme une guerre pour la drogue. Ses racines coulent dans les différences économiques et sociales qui taraudent le pays, avec une énorme partie de la population qui vit dans la pauvreté et une autre infime qui possède 90%de la terre, de l'industrie et des affaires. Mon ambition était de connaître et de photographier des membres de chaque groupe, en essayant d'expliquer le conflit.
J'ai commencé par voyager dans des zones du pays où les FARC sont très présentes et, après beaucoup de tentatives, j'ai convaincu les rebelles qu'ils me permettent d'entrer dans l'un de leurs campements. Après avoir passé quelques jours avec eux, suivre leur vie quotidienne et même voir un combat contre des troupes du gouvernement, c'était le moment de trouver leurs ennemis, les paras. J'ai voyagé au Putumayo, l'un des centres du trafic de stupéfiants et de scènes d'escarmouches interminables entre paras et guérilleros, au sud de la Colombie et près de la frontière avec l'Équateur. Cela m'a pris quelques jours d'omnibus arriver à Puerto Asis, la capitale.
En chemin je me suis mis à parler à d'autres passagers, à une belle fille colombienne, nommée Marylin qui m'a dit qu'elle revenait de faire des achats dans la grande ville. Je lui ai expliqué pourquoi je visitais ce lieu et Marylin m'a dit qu'elle avait des amis dans l'armée et les paras, et qu'elle pourrait m'aider. Elle m'a invité alors à rester chez sa famille, qui avait un magasin et un bar á côté de la route, dans les environs du village. Marylin était très séduisante.
J'ai passé quelques semaines avec sa famille, en parcourant les champs, en photographiant les champs de coca et en essayant d'établir un contact avec les paras. Marylin et moi passions de longues après-midi ensemble dans son réseau, se tenant par la main et nous embrassant parfois, mais rien de plus. Soudain je n'ai plus eu de temps ni d'argent, et j'ai du retourner en Grande-Bretagne. Après nous être faits nos adieux je lui ai promis que j'essaierai de revenir et Marylin m'a dit que maintenant je faisais "partie de la famille".
Six mois plus tard, j'étais de retour, disposé à arriver au fond du conflit, à apprendre le plus possible et peut-être à écrire un livre. Je suis allé à Puerto Asis pour rester avec Marylin et sa famille, mais une surprise m'attendait : elle avait joint les Autodéfenses et elle avait pris part dans un combat au village voisin El Tigre. Une amie qui combattait à ses côtés était tombée, morte, á côté d'autres 25 paras et d'au moins 15 guérilleros. Tous les habitants de El Tigre avaient fui.
Le frère de Marylin travaillait maintenant dans une plantation de coca et portait toujours un pistolet qu'il gardait la nuit sous son oreiller. Ce n'était pas trop voyant dans un pays brisé par toutes les violences possibles, dans lequel la chance, bonne ou mauvaise, marquait dans quelle faction on finissait. Des mois ont passé, j'ai voyagé dans tout le pays pour mon projet, j'ai obtenu qu'ils me prêtent attention, même que j'ai gagné un prix international et ils m'ont offert d'aller en Irak pour suivre la guerre. Mais après six mois passé entre les voitures-bombe et les mortiers à Bagdad, je ne pensais qu à retourner en Colombie.
Un an après notre première rencontre, je suis revenu à la maison de Marylin dans un taxi vétuste. Je me suis assis pour prendre une bière fraîche avec son père tandis que nous attendions qu'elle revienne "de faire une commission". Puis nous sommes allés marcher avec sa fille de quatre ans, Nathalie, et nous nous sommes baignés dans la rivière. J'ai pu sentir qu'il y avait eu un changement chez elle, mais je n'ai pas bien su lequel .
Je lui ai demandé si les choses avaient changé entre nous, si mieux ce n'était pas mieux que je reste dans un hôtel. Elle m'a dit que oui, qu'il serait plus facile pour nous de nous trouver. La même nuit elle est venue diner avec moi, nous partageons une bouteille de vin et j'ai commencé à penser qu'un an de patience aurait enfin des résultats. Marylin est resté cette nuit, dans la chaleur tropicale de l'hôtel où ne marche pas l'air conditionné. À l'aube, en entendant les premières autos et les premiers marchands ambulants, Marylin m'a dit qu'elle avait quelque chose à me dire.
C'était alors, qu'elle m'a lancé une confession qui m'a excité et confondu à la fois. Elle m'a dit que durant les mois que je fus en Irak, elle avait changé de position dans les Autodéfenses, elle avait joint la milice urbaine et devenue une tueuse. Son travail était d'éliminer des informateurs et des traîtres. Jusqu'à présent, m'a t-elle raconté, elle avait tué dix personnes dans la zone. J'ai saisi une cigarette et j'ai aspiré fort, tandis qu'elle me regardait entre la fumée pour voir comment je réagissais. Curieusement, de façon inespérée, je n'ai pas senti d'horreur. Les mois que j'avais passés en Colombie et en Irak m'avaient changé. Ce n'est pas que j'étais moins sensible à la mort ou à la souffrance, mais certainement il était plus difficile de me choquer. La différence entre une victime et un bourreau, un rebelle et un réfugié, me paraissait beaucoup plus une question de perspective.
Il m'a toujours plu d'être avec les gens qui font des choses, les rebelles et les soldats qui croyaient à ce qu'ils faisaient. Les reines de beauté riches et bien habillées des clubs chics de Bogotá me laissaient froid. Bien que plus tard je me sentirais très différent, ma première réaction sur ce que Marylin me disait a été une acceptation qui touchait presque à l'approbation. Je suppose que si j'avais une maîtresse dans une zone de guerre, elle serait des plus cool.
Au début, ses visites à mon hôtel, toujours avec un pistolet, ne me rendaient pas nerveux. Je crois je n'avais pas enregistré les conséquences de ce que Marylin m'avait raconté. J'était jeune et vivait une grande aventure dans laquelle j'étais sûrement déjà arrivé au degré maximal d'immersion dans ce conflit. La femme avec qui je venais de commencer à faire l'amour était régulièrement une tueuse à gage qui laissait sur ma table de chevet son pistolet. Je la voyais enlever l'arme du ceinturon, enlever ses vêtements et entrer dans mon lit, et je ne pouvais pas mettre en rapport cette femme avec les cadavres que je voyais à la morgue, avec la tête explosé par des coups de fusil à bout portant, comme elle m'avait raconté qu'elle le faisait. Je marchais propulsé par la chaleur tropicale, le rhum fort, la cocaïne de première choix et les bras d'une fille nubile de 22 ans, par la quelle se me mélangeaient la réalité et les illusions. C'était comme vivre dans un film de Tarantino.
Un matin, Marylin m'a raconté que la nuit précédente elle avait convaincu un ami de ses amis à l'aider à décapiter et démembrer une femme. Cette fois, ce n'était pas une informatrice : une amie lui avait passé contrat pour qu'elle liquide une maîtresse de son fiancé. Elle m'avait raconté dans le détail ce qu'elle avait fait, et fait si froidement, que finalement je suis tombé dans la réalité. Mes sentiments envers elle ont commencé à changer, le romantisme a commencé à s'éteindre. Elle ne me semblait déjà plus une partie légitime d'une guerre civile mais elle s'était mise à être une tueuse à gage, tuant pour de l'argent, ni plus ni moins.
Bien je la encore trouvait sexuellement attractive et voulait être avec elle, quelque chose me rebondissait dans la tête. C'était des pensées qu'à d'autres leur étaient venues à l'esprit beaucoup plus tôt mais qui à la fin s'infiltraient dans mon cerveau. Dans les derniers mois, je l'avais photographiée en nageant dans la rivière avec sa fille et en lui lisant un conte avant de dormir. Dernièrement, les images que je prenais d'elle se concentraient presque exclusivement sur son autre visage : la réduisaient à un article, à un sujet. Je lui ai demandé si elle était prête à me permettre de l'interviewer. Elle s'est mis un masque de ski et, et pistolet à la main, m'a permis de faire un vidéo. J'ai commencé par demander sur comment elle est entrée chez les paramilitaires et comment ils l'ont convaincu de tuer pour la première fois. Elle a commencé par douter, mais elle a gagné en aisance au fur à mesure qu'elle racontait son histoire.
"Quand j'ai tué pour la première fois j'ai paniqué, j'ai eu peur. J'ai tué pour voir si je pouvais le faire. Mais il est obligatoire de tuer, si tu n'en tues pas un, ils te tuent. Le premier a été très difficile parce qu'il était à genoux, en priant, en pleurant et en demandant que je ne le tue pas pour ses enfants. C'est pourquoi ce fut si difficile. Mais si ne le tuais pas, un autre me tuait. Après l'avoir fait on continue à trembler, on ne peut pas manger, dormir, ni parler à personne. Je me suis enfermé dans moi même. Mais avec le temps on oublie. Mes supérieurs me disaient que la deuxième fois allait être plus facile. Mais on continue à trembler."
"La deuxième fois m'a semblé un peu plus facile. C'est comme ils disent par ici, si tu tues une fois, tu tues plusieurs. Il faut aller en perdant la peur. Maintenant je continue de tuer et je ne sens rien, tout est normal. Avant ils m'ordonnaient de tuer, c'était une obligation. Mais depuis que j'ai laissé l'organisation je le fais pour de l'argent et rien de plus."
"J'ai tué l'un de mes amis parce que sinon ils allaient me tuer moi. Mes amis m'ont raconté qu'ils travaillaient pour l'autre faction, parce c'étaient eux ou moi. J'ai confirmé aux Autodéfenses qui étaient effectivement des guérilleros et j'ai demandé la permission de les tuer. Ce fut été très douloureux. Je suis allée à leur veillée et à leur enterrement. Il a été très difficile de voir leur mère en pleurant, en sachant que j'étais responsable de cette douleur. Mais c'étaient eux ou moi et dans les Autodéfenses ils t'apprennent que d'abord faut faire attention à soi. Jusqu'à présent, j'ai tué 23 personnes."
Cela fut terriblement triste d'écouter cette femme jeune et intelligente, si proche, parler ainsi. Marylin était une victime de circonstances extrêmes. Son ennui et sa recherche de quelque chose qui l'excitait, l'avaient portée chez les paras qui l'avaient fait perdre tout respect pour la vie humaine. Mais ses excuses, ou le manque d'excuses, m'avaient secoué et je lui ai dit qu'elle représentait tout celui qui était mal dans son pays. Depuis mon lieu privilégié et externe d'observateur je ne pouvais pas m'identifier à elle, seulement me mettre en colère et la juger. Cela n'avait pas fonctionné de la réduire à un sujet, je ne pouvais pas prendre de la distance. D'un côté c'était un ravissement tout ce qui était passé dans les derniers mois, d'un autre c'était le prix qui fallait payer pour arriver au fond. J'avais vu et écouté des choses qui me faisaient comprendre la Colombie comme jamais avant, mais je me rendais aussi compte que j'étais touché.
Je retournais en Irak et tout de suite je suis allé à la guerre en Afghanistan. Pendant un an nous nous sommes envoyés des mails avec Marylin. Elle me demandait par où je traînais et me demandait de ne pas l'oublier. Elle m'a raconté que ce que je lui avais dit après l'interview vidéo l'avait secouée, que personne ne lui avait jamais parlé ainsi, en lui demandant pourquoi elle faisait ce qu'elle faisait. Et m'a dit qu'elle voulait commencer de nouveau, mais que les AUC ne laissaient personne sortir de l'affaire. Tout au moins vivant.
Après un long silence, j'ai commencé à craindre qui lui soit arrivé quelque chose. J'ai décidé de revenir au Puerto Asis la voir. Cela m'a pris du temps de ramasser mon courage et d'aller à sa maison et voir si sa famille vivait encore là. Je me demandais si elle avait réellement commencé une nouvelle vie dans un autre lieu ou si, plus probable, sa vie passée enfin l'avait atteinte. Comme je savais dans quelles horreurs avait vécue Marylin, j'étais préparé à recevoir de mauvaises nouvelles. Ce à quoi je ne m'attendais pas c'était le trouble de les recevoir. Sa famille a été surprise, comme toujours, de me voir d'un coup à sa porte. Mes craintes se sont confirmées après avoir vu son père qui, avec les yeux pleins de larmes, m'a dit que Marylin était morte. Elle avait vingt-cinq ans et deux mois quand elle a été enlevée de sa maison et lapidée. Ses bourreaux lui avaient écrasée la tête avec une pierre et tirée dessous à plusieurs reprises.
Le jour suivant, sa fille de six ans s'est réveillée orpheline. Ses parents avaient perdu leur troisième enfant et son frère était si brisé qu'il n'arrêtait pas de pleurer et ne pouvait pas marcher ni parler. Marylin n'a pas été tuée par quelqu'un du coin, dans une vengeance pour un de ses "travaux" comme tueuse. Son propre groupe l'a assassinée dans une lapidation symbolique qui est le châtiment pour les « crapauds », comme les Colombiens appellent les informateurs. Son dernier fiancé avait été un soldat, quelque chose de convenable pour les deux, tandis que paras et militaires travaillent ensemble dans la guerre pour le contrôle des champs de coca du Putumayo, mais suffisant pour que quelqu'un meure quand cette relation s'est terminée.
La mort de Marylin a été très spéciale pour moi, pour notre intimité. Nous avons été amis et amoureux. Nos vies n'ont jamais beaucoup eu beaucoup en commun, excepté l'accolade en fer de la guerre civile colombienne. Il m'était difficile de parler, je ne savais pas réellement ce que je sentais. Sentais-je de la peine pour cette femme qui avait pris tant de vies et était tombée par la même justice de la rue qu'elle exerçait ? Conversais-je encore une fois avec elle sur comment changer sa vie après m'avoir parlé ? Me demandais-je si je n'aurais pu avoir fait plus pour elle ? Avais-je de la peine pour ses parents et sa jolie fille qui un jour pouvait découvrir pourquoi l'ont-ils tuée et comprendre les horreurs qui se passaient tandis qu'elle était un bébé ? Me souvenais-je comment était de l'embrasser avant de savoir que c'était une tueuse ? M'imaginais-je ou essayais-je de ne pas m'imaginer comment elle est restée avec le visage défoncé par la roche ? En réalité, je pensais, sentais et imaginais tout cela. Et en même temps je savais que la douleur de sa famille était la même qu'elle avait causé beaucoup d'autres familles.
De retour dans l'hôtel j'ai continué de fumer et de voir le ventilateur faire des tours, en pensant à mes guerres, ma fiancée morte et mon actuelle situation. Au matin suivant, très tôt, nous sommes allés avec la mère et la fille de Marylin, les deux sur leur trente et un et avec des fleurs, la visiter au cimetière. Son cercueil était dans une niche en ciment, juste au-dessus de celui de sa sœur, aussi morte dans la guerre. Il y a bien longtemps que les morts ont surpassé la capacité du cimetière. À son côté il y avait une autre tombe, beaucoup plus petite, de l'autre sœur morte à trois mois de causes naturelles. Je ne voulais pas n'imaginer ce que sentait la mère de Marylin embrassée sa petite - fille en voyant les tombes de trois de ses filles. Mon idée, de rentrer par le Putumayo pour photographier, les paras déjà ne me semblait pas si intéressante. Marylin m'avait toujours indiqué où suivre et m'avait averti où s'arrêter. Je voulais plus apprendre sur sa vie et sa mort, mais elle ne voulait pas qu'ils me tuent pour avoir demandé à celui à qui ne correspondait pas.
Cette nuit, en mangeant entre coup de klaxons et des moteurs, une voisine m'a raconté un peu plus sur ce qui était arrivé à Marylin. En prenant une soupe, elle m'a raconté que Marylin avait été avec les AUC beaucoup plus de temps de ce qu'elle s'était confessée et que dans le village tous affirmaient qu'elle avait participé au massacre de 26 personnes du village El Tigre. Plusieurs de ces morts dans ce massacre avaient été décapités et étripés avant qu'ils ne les tirassent à la rivière. La même nuit j'ai pris un billet dans le premier avion.
Tandis que je voyais Puerto Asis se rapetisser jusqu'à disparaître, l'avion est resté enveloppé dans un nuage. Dans mon iPod une voix chantait que "cette ville nous rend fous et il faut partir". J'écris cela à quinze mille kilomètres de distance dans un hôtel glacé de Kaboul, où je couvre une autre guerre interminable et je me demande quoi d'autre j'aurais pu faire. Marylin a-t-elle été assassinée parce qu'elle était réellement une informatrice ou parce qu'elle voulait commencer une autre vie, comme elle me le disait dans ses mails ? Je veux croire que fut pour cela, je veux croire qu'elle a réussi à changer, qu'elle n'était pas la dure, la tueuse cruelle et froide, qu'elle m'avait révélé. Qui je veux tromper ?
Traduction de l'anglais par Página/12 .
* Jason P. Howe est un correspondant de guerre connu et l'auteur de 'Colombie : Between the Lines' (Colombie : entre les lignes). L'histoire incroyable de sa romance avec Marylin a été publiée dans le quotidien britannique The Independent, á côté d'un essai photographique sur sa vie et sa mort. L'histoire de Jason et de Marylin a été achetée par Hollywood et elle est en pre-production pour un film à grand budget.
Traduction de l'espagnol au français pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi
ARTICLE PUBLIE PAR http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=4025
Par Jason Howe *
INGRID OR NOT INGRID
L'offre de la Colombie pour Betancourt suscite un espoir mitigé
AFP 28/03/2008 23h10
BOGOTA (AFP) - L'offre de la Colombie visant à relâcher des guérilleros des Farc en échange d'une libération d'Ingrid Betancourt a suscité vendredi un espoir mitigé auprès de ses proches, la France pressant la guérilla marxiste d'accepter ce marché.
Confronté à des nouvelles alarmantes sur l'état de l'ancienne candidate à la présidence colombienne, qui possède aussi la nationalité française, le gouvernement s'est engagé à sortir de prison un groupe de rebelles, en échange de sa remise en liberté.
Le président colombien Alvaro Uribe a aussi exhorté vendredi les Farc à "libérer Ingrid Betancourt et les autres otages", promettant aux guérilleros repentis des mesures de clémence et une récompense financière.
"Qu'ils apportent cette grande contribution au pays et répondent à ce cri du coeur des Colombiens", a-t-il lancé dans un discours public.
Luis Carlos Restrepo, haut commissaire colombien à la paix, avait annoncé la proposition gouvernementale prévoyant l'élargissement de guérilleros, en cas de remise en liberté immédiate de Mme Betancourt.
M. Restrepo a fait valoir que les autorités avaient "réduit au minimum" leurs exigences, en ne fixant "pas de limites quant au délit commis, ni au type de peines de prison" des détenus libérables.
La France a solennellement appelé les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) "à saisir sans délai cette opportunité", en soulignant que le "temps presse" pour cette femme prise en otage en février 2002.
"Il y a urgence à la libérer. C'est une urgence humanitaire absolue", a insisté le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux.
L'inquiétude sur le sort d'Ingrid Betancourt a été relancée la veille par les déclarations d'un fonctionnaire colombien, selon qui l'otage souffre d'hépatite et se trouve dans un état de santé "très délicat".
Un prêtre catholique a confirmé vendredi qu'elle avait été soignée dans un poste médical rural, entourée d'un "cordon de sécurité" formé par plus de 200 guérilleros, dans la région de Guaviare (sud-est).
La proposition de Bogota a fait naître une certaine méfiance chez les proches de Mme Betancourt, à l'image de son mari, Juan Carlos Lecompte.
"C'est une proposition confuse", a estimé Juan Carlos Lecompte, en notant que ce plan ne prévoyait aucun retrait militaire, une condition posée par la guérilla afin d'effectuer un échange.
"S'ils avaient fait une proposition plus concrète et apporté des réponses aux demandes précises de la guérilla comme une démilitarisation (...), nous aurions de plus grands espoirs", a-t-il dit à l'AFP.
En lutte contre les autorités colombiennes depuis 1964, les Farc réclament la remise en liberté de quelque 500 guérilleros détenus, en échange de celle d'un groupe de 39 otages dits "politiques", dont Mme Betancourt.
L'exigence d'une démilitarisation de deux municipalités, Florida et Pradera, dans le sud du pays, s'est toujours heurtée jusqu'ici au refus catégorique du gouvernement.
L'ancien époux de Mme Betancourt, Fabrice Delloye, père des enfants de l'otage franco-colombienne, a jugé que l'offre de Bogota était un "effet d'annonce".
"Je prends toutes ces paroles avec beaucoup de prudence. J'y vois plus pour l'instant un effet d'annonce qu'une vraie proposition", a-t-il réagi vendredi, dans une déclaration à la radio française Europe 1.
Son fils Lorenzo Delloye a estimé que Bogota avait fait "l'un des premiers gestes depuis six ans" mais que cela n'était "pas assez concret".
La Fédération Internationale des Comités Ingrid Betancourt (Ficib) voulait voir de son côté des "raisons d'espérer" dans l'offre colombienne, appelant les parties à "user de discrétion et diplomatie".
27 mars 2008
L'ELN DEPOSE LES ARMES
L' Armée de Libération Nationale (Colombie),dépose les armes
27 mars 2008
Il s’agit d’un nouveau coup de théâtre en Colombie. L’ELN a décidé de “renoncer à la guerre”, vient d’annoncer Francisco Galan (photo), porte-parole de l’ELN (Armée de libération nationale), une guérilla spécialisée dans l’enlèvement de civils.
Nom original:
Ejército de Liberación Nacional (Colombia),ELN
Pays:
Mouvement révolutionnaire de tendance castriste créé en 1964 par Fabio Vásquez Castaño. Une des personnalités du mouvement est le Père Camilo Torrès, qui rejoint l'ELN en 1965, après avoir tenté de mettre sur pied une opposition politique au Front National gouvernemental. Dès 1969, le Père Manuel Perez rejoint l'ELN, et en assumera la direction politique jusqu'à sa mort en février 1998.
Principal mouvement de guérilla en Colombie durant les années 60, il est vigoureusement combattu avec l'appui des forces spéciales américaines. Considéré comme détruit dès 1973, il réapparaît sporadiquement tout au long des années 70 et se rend responsable de nombreuses attaques de banques, assassinats et enlèvements.
Le refus de la compagnie pétrolière Ecopetrol de s'acquitter de l'impôt révolutionnaire a conduit l'ELN à inaugurer une forme de terrorisme économique en s'attaquant à l'oléoduc Cano Limon-Covenas. Entre 1982 et mars 1999, il a fait l'objet de 691 attaques et son maintien en activité devient prohibitif en termes de coûts. Depuis 1992, la Colombie, productrice de pétrole, est ainsi devenue importatrice.
En 1984, l'ELN se distingue des autres mouvements rebelles colombiens en s'opposant à tout cessez-le-feu. C'est sur l'intervention de Fidel Castro, que l'ELN se ralliera finalement à la signature d'un cessez-le-feu temporaire.
Avec des effectifs évalués à 5 000 combattants, l'ELN, est dépassée en nombre par les Forces Armées Révolutionnaire de Colombie (FARC), l'ELN a perdu en importance, mais reste la formation rebelle la plus dure.
En 1998, des pourparlers sont engagés entre des représentants des communautés locales et l'ELN pour arrêter la violence, mais les discussions sont restés au point mort.
Plusieurs factions se sont créées au sein du mouvement :
- Le Front Domingo Lain, qui refuse toute négociation de paix
- Le Courant de Rénovation Socialisteo, qui cessé la lutte en 1994, à la suite d'une négociation avec le gouvernement
Nom original:
Ejército de Liberación Nacional (Colombia),ELN
Pays:
Mouvement révolutionnaire de tendance castriste créé en 1964 par Fabio Vásquez Castaño. Une des personnalités du mouvement est le Père Camilo Torrès, qui rejoint l'ELN en 1965, après avoir tenté de mettre sur pied une opposition politique au Front National gouvernemental. Dès 1969, le Père Manuel Perez rejoint l'ELN, et en assumera la direction politique jusqu'à sa mort en février 1998.
Principal mouvement de guérilla en Colombie durant les années 60, il est vigoureusement combattu avec l'appui des forces spéciales américaines. Considéré comme détruit dès 1973, il réapparaît sporadiquement tout au long des années 70 et se rend responsable de nombreuses attaques de banques, assassinats et enlèvements.
Le refus de la compagnie pétrolière Ecopetrol de s'acquitter de l'impôt révolutionnaire a conduit l'ELN à inaugurer une forme de terrorisme économique en s'attaquant à l'oléoduc Cano Limon-Covenas. Entre 1982 et mars 1999, il a fait l'objet de 691 attaques et son maintien en activité devient prohibitif en termes de coûts. Depuis 1992, la Colombie, productrice de pétrole, est ainsi devenue importatrice.
En 1984, l'ELN se distingue des autres mouvements rebelles colombiens en s'opposant à tout cessez-le-feu. C'est sur l'intervention de Fidel Castro, que l'ELN se ralliera finalement à la signature d'un cessez-le-feu temporaire.
Avec des effectifs évalués à 5 000 combattants, l'ELN, est dépassée en nombre par les Forces Armées Révolutionnaire de Colombie (FARC), l'ELN a perdu en importance, mais reste la formation rebelle la plus dure.
En 1998, des pourparlers sont engagés entre des représentants des communautés locales et l'ELN pour arrêter la violence, mais les discussions sont restés au point mort.
Plusieurs factions se sont créées au sein du mouvement :
- Le Front Domingo Lain, qui refuse toute négociation de paix
- Le Courant de Rénovation Socialisteo, qui cessé la lutte en 1994, à la suite d'une négociation avec le gouvernement
L’ELN a été laminée au cours des dernières années, et ne cesse d’avoir des affontements armés avec l’autre guérilla des FARC
source http://jacquesthomet.unblog.fr/
22 mars 2008
"LA QUESTION DES PRISONNIERS" la dernière interview de Raul Reyes
La question des prisonniers
Raul Reyes, ex-n°2 des FARC
En entrevue au journaliste chilien Manuel Olate, quelques heures avant d’être abattu par l’aviation des forces armées colombiennes, Raúl Reyes déclarait :
« Ce que nous recherchons, c’est d’échanger nos prisonniers, une cinquantaine tout au plus, contre la totalité des guérilleros détenus par l’État colombien et nos deux camarades qui ont été extradés aux États-Unis."
" Auparavant , lorsque nous faisions des prisonniers au cours de combats, essentiellement des policiers et des militaires, nous les remettions peu de temps après entre les mains d’organismes comme l’Église ou la Croix rouge internationale."
" Mais depuis, nous les gardons avec nous en vue d’obtenir la libération de nos combattants, c’est-à-dire jusqu’à ce que nous puissions obtenir la signature d’un accord d’échange de prisonniers."
" Les prisonniers qui sont entre les mains des FARC vivent de la même façon que les guérilleros en ce qui a trait à la nourriture, aux médicaments, aux vêtements."
" La seule différence, c’est qu’ils sont nos prisonniers et nous devons leur accorder une attention toute particulière pour éviter que des commandos ennemis tentent de les attaquer, que ce soit par voies terrestres, maritimes ou aériennes".
" Ceux qui sont chargés de leur garde vivent eux aussi une situation particulière qui suppose certaines privations, selon les risques du moment. Ainsi, si une patrouille ennemie est dans les parages, il faut demander à nos prisonniers de ne pas faire de bruit ou de se déplacer, et cela, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit."
« Tout cela génère, bien entendu, des tensions, des incompréhensions, des inconforts, mais il faut comprendre que nous sommes en guerre et que le gouvernement d’Álvaro Uribe refuse depuis cinq ans notre proposition d’un échange humanitaire [...]. »
Le temps presse et nul doute que les FARC ne voudront pas tomber dans le piège que leur ont tendu les gouvernements colombien et américain. Ingrid Betancourt vivante risque de brouiller les cartes et de faire tomber à moyen terme le gouvernement corrompu d’Uribe. Par un curieux retour des choses, c’est peut-être elle qui, au bout du compte, réussira à conclure un accord de paix avec les FARC.
Texte extrait de la chronique de Jacques Lanctôt dans canoë info http://www.canoe.com/infos/chroniques/jacqueslanctot/archives/2008/03/20080317-230234.html
21 mars 2008
"INGRID BETANCOURT VA MIEUX"
INTERVIEW SUR CANAL C:
"INGRID BETANCOURT VA MIEUX", REVELE SA SOEUR ASTRID

21 mars 2008
par Jacques Thomet:
Otage des FARC depuis plus de six ans, Ingrid Betancourt va mieux. C’est ce qu’a affirmé au Canal C de la télévision belge sa soeur Astrid (photo), dans une intervention de 10 minutes à Namur le 13 mars.
Cette séquence n’a fait l’objet d’aucune information dans les médias français ni sur le fil des agences de presse, je vous la livre. Nouvelle épouse de Daniel Parfait, directeur Amériques au Quai d’Orsay et futur ambassadeur de France au Mexique, Astrid Betancourt (soeur d'Ingrid) a récemment rencontré l’ex-otage des FARC Luis Eladio Perez, libéré le 27 février 2008.
Il avait pu voir Ingrid le 4 février dans la jungle colombienne. “Luis Eladio Perez a vu la photo d’Ingrid (précision de ma part: diffusée en novembre 2007 par la guérilla, elle montre l’otage amaigrie, mal en point, yeux baissés). Elle est un peu mieux (le 4 février) que sur cette photo car les FARC lui ont donné du calcium et des vitamines”, révèle sa soeur.
“Elle a remis pour nous à Luis Eladio Perez des cadeaux: une ceinture faite de ses propres mains pour Mélanie (la fille d’Ingrid), un sac pour Lorenzo (son fils), une casquette pour mon fils, et pour ma fille un chapeau, ainsi que pour maman et moi des t-shirts. Cela nous donne de l’espoir. Elle va tenir jusqu’à ce que nous arrivions à la sortir de là”, ajoute Astrid dans cet entretien.
Pour voir l'entretien dans son entier cliquer sur
|
19 mars 2008
INTERVIEW:PIEDAD CORDOBA "Pour construire maintenant la confiance est très difficile"
COLOMBIE/FARC EXTRAIT DE L'INTERVIEW DE PIEDAD CORDOBA DANS CAMBIO DU 19 AU 26 MARS 2008
La sénatrice Piedad Córdoba, alliée colombienne d’Hugo Chavez
EDICIÓN No. 768
19 al 26 de marzo
commentaire et traduction par LatinReporters.com
Revenant pour l'hebdomadaire Cambio sur l'attaque qui a permis à l'armée colombienne de tuer Raul Reyes et une vingtaine de ses proches dans un camp des FARC au nord de l'Equateur, Piedad Cordoba croit que le gouvernement du président colombien Alvaro Uribe avait choisi un moment clé pour mener ce raid meurtrier qui a provoqué une vive tension régionale.
EXTRAITS DE L'INTERVIEW DE PIEDAD CORDOBA :
[Piedad Cordoba] "La mort s'est produite deux ou trois jours après une réunion à Panama avec le commissionnaire [gouvernemental colombien pour la Paix] Luis Carlos Restrepo, Daniel Parfait, ex-ambassadeur de France en Colombie et époux actuel de la soeur [Astrid] d'Ingrid Betancourt, et Noël Saez, assesseur du gouvernement français.
A mon entendement, la réunion eut lieu parce que Restrepo leur avait commenté que le gouvernement [colombien] les autorisait à parler avec Reyes pour voir comment on pouvait obtenir la libération d'Ingrid. La libération d'Ingrid commençait déjà à être considérée".
[Daniel Parfait dirige actuellement le département Amérique du ministère français des Affaires étrangères. Il pourrait être déplacé prochainement et devenir ambassadeur au Mexique. Noël Saez, ex-consul de France à Bogota et agent de la DGSE -Direction générale de la sécurité extérieure- est l'émissaire habituel de Paris auprès des FARC. Les propos de Piedad Cordoba ne permettent pas de déterminer si Raul Reyes participait ou non à cette réunion de Panama; ndlr].
"Les Français ont appelé Reyes par téléphone satellitaire et c'est là qu'ils l'ont écouté [Piedad Cordoba veut sans doute dire "localisé"; ndlr]. Saez a même dit ces derniers jours à l'un de mes amis qu'il se sentait responsable de la mort de Reyes, car il croyait que c'est suite à son appel que le chef guérillero a été localisé".
...
"Je veux être optimiste, mais il y aura des difficultés. Bien que le principal interlocuteur [de Hugo Chavez] soit au sein des FARC Ivan Marquez, Reyes était une personne clé pour l'accord humanitaire [sur un échange d'otages, dont Ingrid Betancourt, contre des guérilleros emprisonnés; ndlr]. Mais Uribe voulait l'empêcher et en conséquence, je ne crois pas qu'il y aura davantage de libérations. Le Secrétariat [commandement collectif des FARC; ndlr] croit qu'on a tendu un piège à Reyes. Construire maintenant la confiance est très difficile. Même si le président Uribe souhaite maintenant s'asseoir pour dialoguer, les FARC pensent qu'il s'agit d'une stratégie pour les localiser et les tuer".
Piedad Cordoba ne partage donc pas l'optimisme de Luis Eladio Pérez, ancien sénateur colombien et ex-otage des FARC, qui a exposé le 18 mars à Paris au président français Nicolas Sarkozy un plan pour activer la libération des séquestrés. La sénatrice admet par ailleurs l'existence d'une "crise interne" au sein de la guérilla.
Quant à l'équipe de négociateurs français dont un appel imprudent aurait abouti à la mort de Raul Reyes et à la paralysie de pourparlers favorables à Ingrid Betancourt, cette même équipe était déjà impliquée dans la rocambolesque et vaine tentative de libération de la Franco-Colombienne de juillet 2003 au Brésil.
Le 5 mars dernier, c'est à un appel satellitaire de Hugo Chavez à Raul Reyes que la chaîne colombienne RCN-Radio, citant le renseignement militaire colombien, attribuait la localisation du chef rebelle, suivie de l'attaque dans laquelle il a péri. article depuis http://www.latinreporters.com

