Fondation Ingrid Betancourt pour les Libertés et les Droits de l'Homme

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme-Article premier: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

11 juillet 2008

LIVRE:LES FARC OU L'ECHEC D'UN COMMUNISME DE COMBAT

Les FARC : une guérilla aux abois

article du 06 avril 2008

Après la libération par les FARC de Clara Rojas et Consuelo Gonzales, deux proches d’Ingrid Bétancourt, lemagazine.info revient sur l’origine des FARC avec Eduardo Mackenzie. Ce chercheur associé à l’Institut d’histoire sociale et spécialiste de cette guérilla colombienne.Auteur du livre "Les FARC ou l'echec d'un communisme de combat"

Depuis Ingrid Betancourt est libre,mais le problème reste Entier pour les autres. 

Lemagazine.info : Quelle est l’origine des FARC et de quelle idéologie se revendiquent-ils ?

Eduardo Mackenzie : Le 9 avril 1948 à Bogota a eu lieu le « Bogotazo », une révolte populaire armée qui voulait prendre le pouvoir. À cette époque se tenait la 9e conférence panaméricaine, dont l’objet était de proposer un plan Marshall pour l’Amérique latine. Opposé à ce plan, le communisme international a décidé de saboter la conférence et de tuer Jorge Eliecer Gaitán, une personnalité politique très populaire, progressiste et anti-communiste. Cet assassinat a entraîné des émeutes très violentes, puis une guerre civile entre les libéraux et les conservateurs. Après un accord entre les deux partis, un référendum a été ratifié par la population et les guérillas libérales se sont démobilisées et ont rendu les armes. Mais des petits groupes ont refusé de déposer les armes et sont devenus des bandits et des assassins. C’est à cette époque que Manuel Marulanda, le chef historique des FARC, a été contacté par des éléments du parti communiste colombien, qui l’ont encouragé à continuer la lutte. C’est l’origine des FARC. Ce sont des marxistes et des gangsters. Ils utilisent la criminalité la plus ordinaire pour faire avancer leur cause. Aujourd’hui, ils continuent à croire à l’idéologie léniniste. Ils luttent pour la conquête du pouvoir, pour construire le socialisme en Colombie, pour établir la dictature du prolétariat, tout en pratiquant le narco-trafic, le kidnapping et les massacres de petits paysans. Ce n’est pas incompatible.

Lemagazine.info : Qui sont les otages des FARC ?

Eduardo Mackenzie : Les FARC kidnappent tout ce qui leur tombe sous les mains, des paysans, des enfants, des femmes. Ils détiennent actuellement 775 otages, dont 47 otages politiques. À une époque, ils kidnappaient des riches paysans. Avec l’argent de la culture de coca, ces derniers se sont organisés pour leur protection et pour défendre la population et ont fait venir des instructeurs et des conseillers d’Israël et d’Europe pour se protéger. C’est l’origine des paramilitaires. Ils ont expulsé les FARC du nord de la Colombie, en utilisant les mêmes méthodes que la guérilla. Quand les FARC ont perdu cette zone démilitarisée octroyée par le président Pastrana, ils ont alors kidnappé des personnalités politiques, des députés, des maires, des militaires, des policiers pour forcer le gouvernement à créer une autre zone démilitarisée.

Lemagazine.info : Dans quel contexte a été kidnappée Ingrid Bétancourt ?

Eduardo Mackenzie : À la fin des années 1990, les FARC occupait une zone démilitarisée de 42 000 km2, soit l’équivalent de la surface de la Suisse, sur lequel étaient cultivés le pavot et la coca. Ils en ont fait sortir l’armée et la police colombiennes et ont réussi à convaincre le gouvernement du président Pastrana, nouvellement élu, d’ouvrir des négociations. Elles ont duré trois ans pour un résultat nul, malgré des concessions exorbitantes. Les FARC ont utilisé ces trois années pour négocier la libération des personnes kidnappées et établir des contacts avec des terroristes. Quand Pastrana a ordonné la libération du territoire, Ingrid Bétancourt se trouvait à Bogota. Elle était en campagne. Elle a reçu un appel de ses amis et s’est rendue au nord du pays. C’est là qu’elle a été kidnappée. C’était le 23 février 2002.

Lemagazine.info : Pourquoi accorder autant d’importance à Ingrid Bétancourt ?

Eduardo Mackenzie : Ingrid Bétancourt a été éduquée politiquement à Paris. Elle avait une idée de la Colombie erronée. Elle pensait que c’était une dictature, que la Colombie était un pays atroce, que l’armée était une armée d’assassins, qui massacre la population. À l’époque, c’était une petite candidate, les FARC la considéraient comme une petite personnalité politique. Mais quand sa famille a commencé à développer la campagne de libération, Ingrid Bétancourt est devenue la poule aux œufs d’or. Sa mère et son ancien mari ont adopté le discours des FARC, en insultant le gouvernement colombien et en attribuant la responsabilité de cette tragédie au président Pastrana. Ensuite, lorsque Uribe a été élu président, ils ont mené campagne contre lui, en déclarant qu’il était autant responsable de la situation que les FARC. Uribe est pourtant est l’ennemi mortel des FARC, qui ont essayé de le tuer à six reprises. Dans le même temps, les FARC ont découvert qu’en France, il y avait un pivot de propagande formidable dont ils pouvaient tirer profit. Pour cette raison, Ingrid Bétancourt sera probablement la dernière otage à être libérée.

Lemagazine.info : Que pensez-vous de la gestion de cette affaire par Nicolas Sarkozy ?

Eduardo Mackenzie : Le 5 décembre 2007, Sarkozy a fait une déclaration directement au chef des FARC, lui attribuant la responsabilité de la vie d’Ingrid Bétancourt, et dénonçant ses méthodes. C’était nouveau. Avant, les appels s’adressaient aux FARC et à Uribe, comme si ce dernier avait la possibilité de libérer Ingrid Bétancourt. Les FARC ont répondu à cette déclaration en libérant Clara Rojas et Consuelo Gonzales. Pour la première fois, Sarkozy opte donc pour une approche différente. Son appel représente une véritable rupture avec la politique de Chirac, qui adoptait la ligne de la famille de Bétancourt. Il considérait Uribe coupable au même titre que les FARC. Sarkozy laisse ce discours et reprend la ligne du président colombien, en disant qu’il faut négocier la libération des otages dans une zone de rencontre, et non une zone démilitarisée comme le souhaitent les FARC. Bogotá a vraiment apprécié que Sarkozy, dans cet appel, ne parle pas de zone démilitarisée.

Lemagazine.info : Les FARC sont-ils toujours aussi puissants ?

Eduardo Mackenzie : Les FARC sont une guérilla aux abois, même s’ils ont réussi à s’installer sur le territoire vénézuelien avec la complicité et l’aide directe de Chavez. En Colombie, ils sont cachés dans la forêt amazonienne, protégés par la géographie. Mais c’est une guérilla qui perd des hommes et des femmes tous les jours. Il y a des désertions de combattants, car au lieu d’être jetés en prison, les guérilleros qui rendent les armes sont placés dans des programmes de réinsertion par le gouvernement colombien. Plus de 1200 guérilleros ont ainsi été démobilisés depuis les trois dernières années. Les FARC sont en train de s’effondrer. C’est la raison pour laquelle Uribe ne veut pas leur donner de zone démilitarisée.

Propos recueillis par

Isabelle Maillet , le 8 février 2008
Eduardo Mackenzie, Les Farc ou l’échec d’un communisme de combat, Colombie 1925-2005, éditions Publibook, 2004.

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