Fondation Ingrid Betancourt pour les Libertés et les Droits de l'Homme

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme-Article premier: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

09 avril 2008

LES DESSOUS D'UNE MISSION " IGNORANTE"

"FALCONNERIE OU MISSION IMPOSSIBLE"

mercredi 9 avril 2008, l'EXPRESS.Fr mis à jour à 15:00

Colombie

Cafouillages français dans l'affaire Betancourt

Axel Gyldén

Les Farc ont rejeté, ce mercredi, la mission humanitaire française envoyée pour secourir Ingrid Betancourt. Un nouveau revers pour Paris qui, depuis 2003, a multiplié les erreurs en voulant aider l'otage franco-colombienne. Et la médiatisation de l'affaire par ses proches, certes généreuse, a peut-être été ontre-productive.

C’est un nouveau coup d’épée dans l’eau: la mission humanitaire française partie sauver Ingrid Betancourt à bord d’un Falcon 50, le 2 avril dernier a été jugée "irrecevable" six jours plus tard par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) dont le communiqué de ce mercredi précise qu’elles n’agissent jamais "sous la pression de campagnes médiatiques". 

Cliquez sur l'image pour découvrir en images le parcours d'Ingrid Betancourt.

Quelques jours auparavant, la guérilla avait déjà qualifié le président Nicolas Sarkozy d’"ingénu". Celui-ci est à l’origine de cette opération lancée dans la précipitation, sous le coup de l’émotion après la publication de nouvelles alarmantes concernant l’état de santé de l’otage franco-colombienne. Prévisible pour qui connaît la mentalité et le mode de fonctionnement politique des Farc, cette douche froide s’ajoute à la longue série des échecs de la diplomatie française, tantôt naïve à l’égard de la guérilla, tantôt arrogante à l’encontre des dirigeants colombiens.

En réalité, tout se passe comme si la France continuait à multiplier les erreurs d’appréciation dans ce dossier qui empoisonne les relations franco-colombiennes depuis plus de six ans. Fait significatif: le 30 mars dernier sur TF1, François Fillon - sans doute mal renseigné par ses conseillers - qualifiait les membres des Farc incarcérés en Colombie de "prisonniers politiques", comme s’ils se trouvaient en prison pour leurs idées. En réalité, leur crime est d’avoir multiplié des attentats, assassiné des innocents, pris en otages des civils, recruté des enfants-soldats. Pour comprendre comment ce genre d’impair est perçu en Colombie, il suffit d’imaginer quelle serait la réaction de Nicolas Sarkozy si un chef de gouvernement étranger qualifiait Yvan Colonna de "prisonnier politique"…

La mission humanitaire française partie sauver Ingrid Betancourt à bord d’un Falcon 50 a été jugée "irrecevable" par les Farc.

Evidemment, cette énième bourde - qui n’a pas été relevée en Colombie - paraît anecdotique en comparaison de l’opération dite "14-Juillet", lancée à en 2003 par Dominique de Villepin pour sauver Ingrid. Celle-ci reste le plus gros fiasco diplomatique français de ces dernières années. Sur la foi d’un tuyau crevé, l’ancien ministre des Affaires étrangères monte alors, "en solo", une opération de barbouzes digne des Pieds nickelés.

Sans prévenir ni l’Elysée, ni Matignon, ni le ministre de la Défense (dont dépend la DGSE, service de renseignement extérieur), et encore moins les gouvernements colombien et brésilien, il affrète un Hercules C 130, avec 11 agents secrets à bord, qui atterrit à Manaus, en Amazonie brésilienne, non loin de la Colombie. Après quatre jours de vaine attente dans la jungle, le commando repart. Sans Ingrid. Or l’opération ne reste pas secrète longtemps. Et provoque l’ire de Bogota, furieuse de découvrir que la France, visiblement imprégnée de réflexes dignes de l’ère coloniale, confond la Colombie avec l’Amérique du Sud des Aventures de Tintin.

A l’époque, l’ambassadeur de France à Bogota se nomme Daniel Parfait. Or celui-ci n’est autre que l’amant, puis le mari d’Astrid Betancourt, sœur d’Ingrid! Un mélange des genres dénoncé par le correspondant de l’Agence France-Presse à Bogota Jacques Thomet – auteur de l’instructif Ingrid Betancourt. Histoire de cœur ou raison d’Etat ? (Hugo doc, 2006) – mais admis par l’Etat français, au point que l’intéressé a été promu directeur des Amériques et des Caraïbes au Quai d’Orsay en 2004.

La France exaspère Bogota
A ce titre, Daniel Parfait conserve, aujourd’hui encore, la haute main sur le dossier de sa belle-sœur. Juge et partie, le diplomate ne semblait pourtant pas le mieux placé pour traiter, avec la distance critique nécessaire, l’"affaire Betancourt". En effet, Parfait s’impatiente et multiplie les pressions "amicales" pour "exiger" du gouvernement colombien des résultats, tout en paraissant ignorer le sort de milliers d’autres otages, y compris celui de la Française Aïda Duvaltier, décédée en captivité en 2006.

A Bogota – où le gouvernement se sent obligé de rappeler que les otages ne sont pas en sa possession – la voix de la France finit par exaspérer. D’autant qu’aux impairs de la France "officielle" s’ajoutent les déclarations acerbes du clan Betancourt, Astrid et Yolanda (sœur et mère d’Ingrid) en tête, à l’encontre du président colombien, Alvaro Uribe. Des critiques relayées par l’hyperactif comité de soutien à Ingrid Betancourt, soutenu par des personnalités telles que Bertrand Delanoë, Rachida Dati, Carla Bruni-Sarkozy ou encore le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Or ce comité de soutien renvoie dos à dos le gouvernement colombien et la guérilla, qu’il semble placer sur un même plan.

L’un de ses piliers, le chanteur Renaud, n’a pas hésité à qualifier Alvaro Uribe d’"indigne" et de "fasciste". Une présentation des choses qui a tout lieu de satisfaire les Farc... Le 31 mars, l’ancien otage Luis Eladio Perez a révélé qu’Ingrid Betancourt s’interrogeait sur la pertinence de la campagne internationale en sa faveur: "Cela l’inquiétait. Car elle s’est rendu compte que cela finissait par la valoriser. Ce qui compliquait, pour des raisons évidentes, sa libération."

Posté par VINCENT PORTIER à 21:15 - amerique latine - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Cette opération a plus été un coup de communication de Sarkozy pour satisfaire l’opinion publique française qui s’intéresse (a juste titre d’ailleurs) de la situation d’Ingrid Betancourt.
Enfin du moins j’ose l’espérer, car dans le cas contraire, si c’est avec ce genre de professionnalisme que la France gère ses relations diplomatiques à travers le monde, ça craint !!!
Il est vraisemblable aussi, que l’emballement médiatique (souvent incontrôlable) et de l’opinion publique est été légèrement manipuler, sur l’état de santé réel d’Ingrid, car personnellement la seule chose que je sais sur son état de santé effectif, c’est que je ne sais rien !!!
Alors je serais plutôt indulgent sur cette incartade, car juste avant le début de cette opération, je n’ai pas entendu beaucoup de monde (pour ne pas dire personne), essayer de tempérer l’amplitude emotionel de cet épisode.

Posté par nikos, 11 avril 2008 à 02:31

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