21 juillet 2008
PORTRAIT:BRONISLAW GEREMEK "L'EUROPEEN"
Disparition d'un grand européen : Bronislaw Geremek
Par Pierre Albertini, dimanche 20 juillet 2008 à 15:55 :: General :: #376 :: rss
Depuis le Blog de Pierre Albertini
L'Europe, la Pologne et la France ont perdu un grand ami. Homme de réflexion et d'action, Geremek, opposant résolu au bloc soviétique, fut successivement conseiller de Solidarnosc puis ministre des Affaires étrangères, enfin député européen.
J'ai eu la chance de l'entendre et de le lire souvent. Ses discours comme ses écrits témoignaient d'une grande connaissance des réalités européennes qu'il expliquait avec simplicité comme seuls les grands savent le faire. Humaniste, défenseur acharné de la liberté, il a payé de sa personne : emprisonné, interné sous Jaruzelski, il refuse encore de se plier à la loi de "décommunisation" voulue par les frères Kaczynski au pouvoir dans son pays. La Cour constitutionnelle de Pologne finira par lui donner raison
Pierre Albertini
Bronisław Geremek était un professeur d'histoire et homme politique polonais, né à Varsovie le 6 mars 1932 et mort le 13 juillet 2008 près de Lubień (à Nowy Tomyśl, Pologne).
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Biographie [modifier]
Juif rescapé du ghetto de Varsovie dont il a réussi à échapper en 1943[1], Bronislaw Geremek entre en 1950 au Parti ouvrier unifié polonais (communiste, au pouvoir) et y restera jusqu'en 1968.
Il étudie en France en 1956-57, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Fin 1962, il prend la direction du Centre de civilisation polonaise qui vient d’être créé à la Sorbonne, qu'il conservera jusqu'en 1965. Dans ces années-là, il rejoint le courant dit « révisionniste » du Parti communiste français.
A l'époque marxiste convaincu, il prend toutefois ses distances avec les partis communistes quand les chars soviétiques mettent fin au printemps de Prague. De 1965 à 1980, il enseigne à l’université de Varsovie. Passé dans l’opposition et devenu membre du Comité de défense des ouvriers (KOR), il assiste aux grandes grèves de Gdansk en 1980 et rejoint le mouvement syndical Solidarność. Il y incarne le collectivisme autogestionnaire antistalinien. Il se lie aux milieux intellectuels catholiques et devient conseiller personnel de Lech Wałęsa. Á la suite du coup d’État du général Jaruzelski en 1981, il est emprisonné durant deux ans et demi[2]
En 1989, lors de l'effondrement des régimes communistes d'Europe centrale, il devient député au Parlement polonais (Sejm) et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2000 et, en parallèle, président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe en 1998. Il est député européen depuis le 20 juillet 2004.
Après avoir été élu aux élections européennes de juin 2004 sous les couleurs de son parti, l’Union des libertés (Pologne) (UW), il présente sa candidature au poste de président du Parlement européen. Soutenue par les Libéraux et les Verts pour sa portée emblématique, sa candidature dérangeait la droite et la gauche du Parlement. Finalement, le 20 juillet 2004, c'est le socialiste Josep Borrell qui est élu avec 388 voix ; Geremek a obtenu 208 voix (alors que l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe ne compte que 88 membres et les Verts qui le soutenaient 42 députés).
Ses activités politiques ne l’empêchent pas d'exercer un rôle important au sein du Collège d'Europe de Bruges et de Natolin : le campus polonais, créé en 1993 dans un ancien château près de Varsovie, sur le modèle de celui de Bruges qui prépare des étudiants en fin d'études, de nationalités différentes, aux carrières européennes. Il y dirige une chaire de la Civilisation européenne. En 1992-93, il assure au Collège de France un cours sur l'« Histoire sociale, exclusions et solidarité ».
Il a obtenu le Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle.
D'après la liste arrêtée au 11 novembre 2003, il est membre du Comité d'orientation scientifique de l'association fondée par Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn, À gauche en Europe.
Depuis 2004, il est vice-président du Conseil de surveillance de la Fondation pour l'innovation politique.
En 2006, il succède au professeur Henri Rieben comme président de la Fondation Jean-Monnet pour l'Europe. À ce titre, il préside à de régulières manifestations au siège de fondation à Lausanne, telle la remise de la médaille d'or à l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl, le 25 janvier 2007.
En avril 2007, il refuse de se conformer à la loi de la lustration, imposant aux personnalités publiques de déclarer leurs éventuelles anciennes activités avec la police secrète communiste. Il est en conséquence menacé d'être déchu de son mandat de député européen. Bronisław Geremek avait pourtant lui-même voté une loi similaire qui date du 11 avril 1997 (sous le gouvernement de centre-gauche de Włodzimierz Cimoszewicz) et avait même signé sa déclaration en 2002 (obligatoire tous les 5 ans), précisant qu'il n'avait pas collaboré avec les services secrets. Au moment où il est venu étudier puis travailler en France, les services polonais exigeaient des ressortissants polonais quittant légalement le territoire qu'ils collaborent avec les services secrets, mais il est possible que cette collaboration n'ait jamais été effective.
La position de refus de Bronisław Geremek contre la nouvelle loi de lustration porte sur la procédure qui fait intervenir un institut indépendant dépositaire des archives de la police secrète, au lieu de reposer sur des procédures judiciaires plus habituelles, censées mieux garantir les libertés individuelles et les droits de la défense. De nombreuses personnalités et mouvements politiques européens ont apporté leur soutien à Bronisław Geremek. Mais certains membres, comme le britannique Daniel Hannan, le soupçonnent d'avoir voulu instrumentaliser la situation pour monter le parlement contre la coalition de droite au pouvoir.
Le 11 mai 2007, la Cour constitutionnelle de la Pologne a rejeté la majeure partie de cette nouvelle loi, et notamment la clause qui aurait obligé près de 700 000 personnes à signer des déclarations certifiant qu'elles n'avaient jamais collaboré avec les services secrets de l'ancien régime.
Il se tue dans un accident de voiture le 13 juillet 2008 dans l'ouest de la Pologne, près de Lubien[3].
L'Europe de l’Atlantique à l’Oural [modifier]
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« Il est très important de « penser l’Europe » sans se préoccuper des frontières géographiques. En cherchant au contraire à définir l’Europe comme un continent ouvert, dont le trait principal est le respect de la liberté. Le respect de l’individu – les droits de l’homme – et aussi le respect de l’économie de marché. Et le tout fait un ensemble ouvert, c’est-à-dire qu’un peuple, un pays, une société peuvent aspirer à adhérer à l’Europe à condition justement d’accepter cette définition européenne et de la réaliser. Je pense en particulier à la Russie. Pourquoi séparer la Russie de l’Europe ? En fait, je suis assez pessimiste, car je pense que des structures de longue durée sépareront longtemps la Russie de l’Europe. Mais, au XIXe siècle, l’ouverture vers l’Europe avait une importance capitale pour l’évolution interne de la Russie de l’époque. C’était une avancée vers l’Occident. Alors pourquoi ne pas introduire maintenant le critère défini plus haut ? Il y a en Russie ceux qui voudront s’ouvrir vers l’Europe des libertés – sociales, politiques, économiques – et ceux qui ne le voudront pas. Mais que ce choix reste ouvert ! »
— Georges Duby, Passions communes. Entretiens avec Philippe Sainteny
Bibliographie [modifier]
- Les Marginaux parisiens aux XIVe et XVe siècles, Flammarion (1976)
- La Potence et la pitié. L'Europe des pauvres, du Moyen Age à nos jours, Gallimard (1987)
- Les Fils de Caïn. L'image des pauvres et des vagabonds dans la littérature européenne, Flammarion (1991)
- Passions communes, Seuil (1992) (ISBN 2-02-013410-1)
- Regards sur la France, ouvrage collectif, Seuil (1992) (ISBN 978-2-02-057273-6)
Références [modifier]
- ↑ Décès de Bronislaw Geremek, sur le site de France Soir.
- ↑ Hélène Despic-Popovicet Maja Zoltowska, Bronislaw Geremek, une vie de Solidarité avec la Pologne, in Libération, 14/07/2008, article en ligne
- ↑ « L'ancien dissident polonais Bronislaw Geremek est mort », LeMonde.fr avec Agence France-Presse, 13 juillet 2008
Liens externes [modifier]
Intervention Colloque : Trajectoires de l’Europe, unie dans la diversité depuis 50 ans. Mars 2007.
- Interview de Bronislaw Geremek au sujet de la construction européenne sur European NAvigator (réalisée le 11 juin 2008).
- Entretien et portraits de Bronislaw Geremek par Ariane Laroux dans Portraits Parlés aux éditions de l'Age d'Homme
DOSSIER:Ingrid Betancourt "OTAGE DE LA JUNGLE MEDIATIQUE"
La bataille des comités Betancourt
"LE TORCHON BRULE TOUJOURS" cette fois la JUSTICE VA FAIRE LE MENAGE
RETOUR SUR LE "coup de torchon"
Alors qu'une certaine confusion règne depuis plusieurs semaines autour du sort d'Ingrid Betancourt, toujours captive des Farc dans la jungle colombienne, en France, dans un tout autre registre, le torchon semble brûler entre certains de ses comités de soutien. Avec, d'un côté, la Ficib (Fédération internationale des comités Ingrid Betancourt), et de l'autre, le "comité Delloye".
Ces rancoeurs, longtemps refoulées, la Ficib a aujourd'hui décidé de les exprimer clairement. Dans son rapport moral établi samedi 10 mai à Evry (Essonne), et que leJDD.fr s'est procuré, le conseil d'administration de l'association présidée par Armand Burguet dénonce explicitement "la volonté délibérée du comité de Fabrice Delloye de se présenter systématiquement (...) comme ‘LE' comité de soutien" à Ingrid Betancourt. Il lui impute également toute une série d'interférences et de coups bas qui auraient nuit à l'action de la Ficib. "Nous avions été profondément choqués, en novembre dernier, de constater que ce comité avait entrepris des démarches pour dissuader la ville de Paris de contribuer au financement du concert au Zénith", explique par exemple le texte. Malgré le démenti d'Hervé Marro, des responsables de la Ficib ont confié que si le concert a bien eu lieu le 18 novembre 2007, Fabrice Delloye, au contraire de ses enfants, avait refusé de monter sur scène.
"Manoeuvre"
Dans un autre registre, la Ficib reproche également au "comité de Paris" de lui avoir "empêché tout contact" avec l'ex-otage Consuelo Gonzales, lors de son passage à Paris, en février dernier. Toutefois, celle qui a vécu avec Ingrid Betancourt dans la jungle était bien présente lors d'un concert organisé le 22 février à la Maroquinerie. Concert justement mis sur pied par la... Ficib. Une même obstruction aurait été constatée lors de la visite dans la capitale française d'un autre ex-séquestré, Luis Eladio Perez. La Ficib avait alors pu contourner la "manoeuvre" supposée. Il n'empêche, "cette situation, qui existe depuis un certain temps déjà mais qui semble empirer, jette une image désastreuse sur l'ensemble de notre mouvement", conclut sans détour le rapport.
Il faut dire, à en croire les protagonistes de part et d'autre, que les deux organisations ont, depuis leur création ou presque, toujours entretenu des relations douces-amères. En 2002, "une charte éthique", complétée l'année suivante, avait été élaborée par la Ficib. Le texte, censé faire le consensus entre tous n'a pas été ratifié par le Comité de soutien à Ingrid Betancourt et aux otages de Colombie. La raison? Des divergences fondamentales sur deux points précis. La charte explique en effet que les associations doivent se tenir à l'écart "des intérêts personnels de toute famille d'otage". Or, Hervé Marro le dit lui-même: "Se tenir éloigné de la famille Betancourt, pour nous c'est non!" En outre, la déclaration ajoute que les comités de soutien doivent se dissocier de toute action politique.
Plus que le précédent, ce point exacerbe les divergences entre la Ficib et "le comité Delloye". La première, par la voix d'Olivier Roubi, accuse la seconde d'avoir systématiquement "tapé sur la tête du gouvernement français", avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. "Ils expliquaient que le gouvernement ne faisait rien pour Ingrid", s'indigne-t-il. "C'est complètement faux. La France est mobilisée depuis 2002. Une cellule de crise existe depuis cette date, des gens travaillent sur le dossier 24 h/24. (...) De tels propos étaient à nos yeux intolérables". La contre-attaque d'Hervé Marro ne s'est pas faite attendre: "A partir du moment où il s'est fait rouler dans la farine à Manaus (*), Dominique de Villepin, conscient d'avoir hérité d'une casserole, s'est retiré du jeu", explique-t-il. "Du coup, les émissaires sur place étaient devenus inefficaces, car il n'y avait plus de volonté politique émanant de Paris. Sur ce point, conclut-il avec aplomb, le changement instauré par Nicolas Sarkozy est tout à fait notable."
Fabrice Delloye, coeur de cible
A chacun ses principes donc, mais à chacun son style également. Or, celui du Comité de soutien à Ingrid Betancourt et aux otages de Colombie serait un peu trop voyant pour la Ficib. Olivier Roubi comme Armand Burguet reprochent en effet au "comité de Paris" de "faire du médiatique pour du médiatique". Pas tendre avec Fabrice Delloye, fréquemment et logiquement sollicité par les médias au sujet du calvaire que vit son-ex compagne, Roubi condamne le penchant de l'association pour le "spectaculaire" et les déclarations choc. Il l'accuse notamment d'avoir véhiculé des informations non-vérifiées concernant l'état de santé de l'otage Betancourt.
"En sortant de l'Elysée le 1er avril dernier, Hervé Marro et Arnaud Mangiapan (président du Comité de soutien à Ingrid Betancourt et aux otages de Colombie, ndlr) ont annoncé qu'Ingrid avait débuté une grève de la faim le 23 février", explique-t-il. "Nous nous sommes empressés de lancer un communiqué disant que c'était faux et archi-faux, qu'il n'existait aucune information concrète permettant de confirmer ces allégations. Nous nous sommes par la suite rendu compte sur place que tout ceci relevait de la rumeur. Et je puis vous dire que cette démarche n'avait qu'un but: mobiliser l'opinion en vue de la marche blanche du 6 avril. (**)" Faux, rétorque Marro, qui, sur ce point, plaide la bonne foi. "On tenait à cette époque ces informations sur l'état de santé critique d'Ingrid de l'ordinateur de Raul Reyes (***). On a su bien plus tard (après le 9 avril, date du retour de la mission humanitaire à Paris, ndlr), que ces canaux étaient infectés."
Affaire de famille
En tout état de cause, pour Armand Burguet, ce "tapage" médiatique a une conséquence qu'il juge "grave": celle de "brouiller de plus en plus les messages de nos comités à la communauté internationale et à la population colombienne". Expliquant que certaines sphères d'influence à Bogota n'hésitent pas à sauter sur la moindre occasion pour décrédibiliser la mobilisation en faveur des otages des Farc, il ajoute, via le rapport moral, qu'"à plusieurs reprises, la Ficib, mais également Yolanda Pulecio (la mère d'Ingrid Betancourt, ndlr) et Astrid Betancourt (sa soeur, ndlr), ont été obligées de publier des communiqués pour marquer leur désapprobation vis-à-vis des déclarations présentées à la presse comme venant ‘DU' comité de soutien." De là à penser qu'aux divergences entre les deux organisations, se superpose une autre opposition, entre les familles Betancourt et Delloye celle-là, il y a un pas relativement aisé à franchir. Avec prudence toutefois.
"C'est délicat, mais il est indéniable, que, malheureusement, il y a d'un côté la famille Delloye et de l'autre la famille Betancourt", concède Olivier Roubi. Dans son rapport moral, la Ficib parle, elle, sans en rajouter, de "dissension familiale qui oppose Fabrice Delloye à la maman et à la soeur d'Ingrid". En face, Hervé Marro confirme, mais tient à tempérer: "Certes, il existe des positions différentes entre les deux familles dans certaines parties du dossier, mais c'est tout à fait normal. Les experts vous expliqueront qu'il existe toujours des problèmes psychologiques dans les familles confrontées à une prise d'otages. Il est impossible que tout le monde soit toujours d'accord sur tout". "Mais les ponts ne sont pas coupés", tient-il à préciser, contrairement à ce que certains avancent à la Ficib. "Yolanda et Fabrice ont déjeuné ensemble lors des dernières vacances de Noël. Et ils s'échangent régulièrement des e-mails." Car, au-delà des lignes de fracture, tous deux, et les comités de soutien avec eux, poursuivent la même finalité: "Faire revenir Ingrid Betancourt et les otages de Colombie", dixit Marro. Sur ce point, tout le monde s'accorde. Pour le reste...
(*) A l'été 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, et par ailleurs ami personnel d'Ingrid Betancourt, envoie discrètement onze agents de la DGSE à Manaus (Brésil) sur les rives de l'Amazone. Ces "barbouzes", qui devaient récupérer l'otage franco-colombienne, feront chou blanc. Rapidement, l'affaire sera révélée, provoquant des tensions entre Paris et Bogota.
(**) Organisée le 6 avril dernier à Paris et dans de nombreuses villes de province, "la marche blanche", destinée à soutenir le combat d'Ingrid Betancourt et des otages des Farc, a réuni plusieurs milliers de personnes, célèbres ou anonymes. Dans la capitale, par exemple, Carla Bruni-Sarkozy avait pris place en tête de cortège.
(***) Numéro 2 des Farc, Raul Reyes a été assassiné le 2 mars dernier par l'armée colombienne en territoire équatorien. Son ordinateur portable a été récupéré par Bogota, qui, depuis, livre des informations au compte-goutte. Sans que l'on sache toujours quel crédit apporter à ces révélations.
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