Fondation Ingrid Betancourt pour les Libertés et les Droits de l'Homme

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme-Article premier: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

30 juillet 2008

DOSSIERS:DROIT DE L'HOMME/Robert Badinter

EN CE 20 JUILLET 2008,18 JOURS AVANT LE 08082008,date du début des jeux olympiques en Chine,retour sur l'état des Droits de l'Homme dans le Monde.

"la charte olympique requiert de ses participants qu'ils respectent les droits de l'homme, donc le droit à la vie."

"Les jeux Olympiques de 2008 nous offrent une occasion propice de demander à la Chine d'imposer un moratoire sur les condamnations et les exécutions."

Robert Badinter
«Toute ma vie je combattrai la justice qui tue»

Parlementaire français

Par Corine Chabaud/05.10.06 - n° 3188 - Le Monde en marche

États-Unis, Chine, pays islamistes : la peine de mort sévit. À la veille de la journée mondiale pour son abolition, le 10 octobre, l'avocat poursuit le combat de sa vie.

Il y a 25 ans, la France abolissait la peine de mort. Robert Badinter, avocat éloquent devenu garde des Sceaux de François Mitterrand, porta un coup fatal au châtiment suprême. À 78 ans, il poursuit son combat, pour l'abolition universelle. Dans sa ligne de mire, notamment : les États-Unis et la Chine. Pour enfoncer le clou, le sénateur socialiste publie Contre la peine de mort (Fayard, 20e), recueil de ses textes parus au fil des ans sur ce sujet brûlant. Mais le militant acharné est confiant : «La peine de mort est vouée à disparaître.»

Interview.

La Vie :Revenons sur le cas de la Chine. L'abolition y sera-t-elle possible un jour ?
R. B.
Je me suis rendu dans ce pays pour y porter la bonne parole. Il existe un mouvement abolitionniste, emmené notamment par des juristes et des étudiants. J'ai rencontré le président de la Cour suprême : il estime que l'abolition surviendra un jour, mais, et j'ai souvent entendu cet argument en France dans les années 1970, les Chinois ne seraient pas mûrs. En réalité, totalitarisme et peine de mort vont de pair.

Lorsque la Chine deviendra une démocratie, la peine de mort disparaîtra.

Les jeux Olympiques de 2008 nous offrent une occasion propice de demander à la Chine d'imposer un moratoire sur les condamnations et les exécutions.

Pourquoi la peine de mort, selon vous « sacrilège contre la vie », est-elle inutile ?
Robert Badinter.
Dans aucun des pays où ce châtiment a été aboli, la criminalité sanglante n'a marqué de bond en avant. Le crime atroce est indifférent à la présence ou à l'absence de peine de mort. Elle satisfait l'instinct de vengeance mais n'est pas dissuasive ; elle libère la pulsion de mort. Dans les pays abolitionnistes, si l'expérience avait montré une augmentation de la criminalité, la peine de mort aurait été rétablie. Cela n'est jamais arrivé. Par tempérament et formation, en raison de mon métier d'avocat, j'avais toutes les raisons d'être hostile à la peine de mort. Mais je suis devenu un militant de l'abolition après avoir défendu Buffet dans l'affaire de la prise d'otages de Clairvaux, en 1972. J'ai accompagné à la guillotine cet homme qui n'avait jamais versé de sang. Et je me suis promis, en sortant de la prison de la Santé, que toute ma vie je combattrai la justice qui tue. J'ai tenu parole.

Pouvez-vous dresser un panorama mondial de la peine de mort ?
R. B.
L'abolition a beaucoup progressé mais il reste, hélas, des bastions de résistance. La Chine est le pays où le nombre d'exécutions est le plus important : il est estimé à près de 10 000 par an. La peine de mort est aussi appliquée dans les États islamistes intégristes, d'abord en Iran, puis en Arabie saoudite et dans les Émirats arabes unis, au nom d'une interprétation intégriste de la charia. Dans ces pays, même les femmes sont exécutées - si la France a aboli la peine de mort en 1981, on a cessé d'y exécuter les femmes dès 1947. Sur le continent américain, de Cuba aux États-Unis, le châtiment subsiste. En Afrique, l'abolition progresse lentement. Le Sénégal l'a récemment adoptée, mais beaucoup d'exécutions sommaires y sont pratiquées, soit la forme la plus odieuse de mise à mort.


Le combat pour l'abolition doit d'abord se mener aux États-Unis ?
R. B.
En effet, ce pays est le théâtre privilégié de la lutte. Bien des pays justifient la pratique de la peine de mort par le fait que les États-Unis, première puissance mondiale et souvent modèle culturel, l'appliquent. Aujourd'hui, 12 États sur 52 refusent de recourir à ce châtiment, et le taux de criminalité y est, d'ailleurs, inférieur à celui des autres États. Ceux du Sud, notamment le Texas, la Virginie et la Floride, constituent les grands pourvoyeurs de condamnés à mort, parmi lesquels on compte une forte proportion de Noirs très pauvres. Il y a donc un problème d'injustice sociale et de racisme lié aux exécutions capitales. Heureusement, les États-Unis interdisent désormais l'élimination des déments, des débiles et des mineurs pénaux. Résultat : en 2005, il y a eu environ 50 exécutions dans ce pays, c'est-à-dire que les chiffres ont diminué de moitié. C'est un progrès mais ce n'est pas suffisant. Je suis convaincu que les États-Unis aboliront la peine de mort, et plus tôt qu'on ne le croit. Les Américains sont très fiers de leur justice, mais ils réalisent que le système peut engendrer des erreurs judiciaires éclatantes. Quand le gouverneur de l'Illinois, en 2003, a su qu'il allait faire exécuter deux innocents, il a décidé de gracier l'ensemble des condamnés de son État.

Les crimes terroristes peuvent-ils justifier la peine de mort ?
R. B.
Penser que ce châtiment est utile en matière de lutte contre le terrorisme est une grave erreur. Les terroristes nourrissent avec la mort des rapports complexes, et jamais la menace de la peine capitale ne les fait reculer. Pensez aux attentats-suicides. Au contraire, le recours à la peine de mort est dangereux car le terroriste que l'on juge se sert du tribunal comme d'une tribune. S'il est exécuté, son camp en fait aussitôt un héros ou un martyr, et son décès suscite une recrudescence du militantisme, notamment parmi les plus jeunes. Voilà pourquoi jamais les Israéliens n'ont voulu recourir à la peine de mort pour lutter contre le terrorisme. De même l'Espagne avec l'ETA, ou l'Italie avec les Brigades rouges. Margaret Thatcher a demandé à trois reprises aux parlementaires britanniques de rétablir la peine de mort pour lutter contre l'IRA : ils ont toujours refusé.

Parviendra-t-on un jour à l'abolition universelle ?
R. B.
Les progrès de l'abolition ont été plus grands que je ne pensais en 1981. À cette date, la France était le 36e pays à supprimer la peine capitale. À présent, sur les 191 membres des Nations unies, 118 sont abolitionnistes. L'Europe en particulier a connu une extraordinaire avancée : à l'exception de la Biélorussie, dernier État stalinien, tous les pays du Vieux Continent ont banni la peine de mort, dans les législations nationales et les Conventions internationales, comme la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dont l'article 2 proclame solennellement : « Nul ne sera condamné à mort ou exécuté. » De plus, la Cour pénale internationale créée en 1998 par le statut de Rome a renoncé au recours à la peine de mort, même contre les bourreaux de l'humanité. L'abolition confère à la démocratie une dimension éthique. Au contraire, l'assassinat judiciaire ou extra-judiciaire entretient un lien historique avec la dictature. Je pense aux cris des généraux fascistes espagnols pendant la guerre civile : « Viva la muerte! » Le sens final de l'abolition, victoire de l'homme sur lui-même, est là, dans le respect absolu de la vie humaine, même chez les êtres les plus indignes. Il faut proclamer le cri inverse : « Vive la vie! »

Car la charte olympique requiert de ses participants qu'ils respectent les droits de l'homme, donc le droit à la vie.



La cruauté des châtiments

À travers le monde, la palette de supplices mortels, très variée, donne la nausée. Fondée sur la charia, la lapidation continue d'être appliquée en Afghanistan, en Iran et au Pakistan. Le condamné, jeté dans une fosse ou enterré jusqu'aux épaules, reçoit des pierres de la taille d'un poing, jusqu'à l'agonie. En Biélorussie, en Ouzbékistan ou au Vietnam, par exemple, les condamnés, les yeux bandés et la peau marquée à l'endroit du cœur, meurent fusillés par un peloton d'exécution. Un coup de grâce tiré dans la tête permet d'achever le supplicié. Très répandue depuis le Moyen Âge, la pendaison est encore utilisée dans de nombreux pays dont l'Inde, le Japon ou la Syrie. Mise au point au Royaume-Uni au XIXe siècle, la technique provoque la rupture des vertèbres cervicales. La décapitation, enfin, n'est plus pratiquée qu'en Arabie saoudite, où l'arme utilisée est le sabre. Courant aux États-Unis, le procédé de l'électrocution rivalise avec celui de l'injection létale. Ce dernier est cependant critiqué, car de récentes études ont montré qu'il pouvait occasionner des souffrances chez les condamnés à mort, et être assimilé à « un traitement cruel et dégradant ».

Pour plus d'informations, contacter l'association Ensemble contre la peine de mort (ECPM), 5, rue Primatice, 75013 Paris. Tel. : 01 47 07 61 60.

Posté par VINCENT PORTIER à 07:58 - DROIT DE L'HOMME - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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