Fondation Ingrid Betancourt pour les Libertés et les Droits de l'Homme

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme-Article premier: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

14 juillet 2008

DERNIERE INTERVIEW:INGRID BETANCOURT:"MA REPONSE EST NON"

ABSENCE DE LA MARCHE NATIONALE A BOGOTA LE 20 JUILLET 2008/PROCHAINE PRESIDENTIELLE EN COLOMBIE/ABSENCE AU DEFILE DU 14 JUILLET PARIS
Pour tous ceux qui ont encore des doutes sur la probité de notre "Jeanne d'arc version xxi°siécle"

SUITE A LA POLEMIQUE AUTOUR DE SON ABSENCE EN COLOMBIE POUR LA FÊTE NATIONALE ET LE DÉFILÉ CONTRE LES PRISE D'OTAGES A BOGOTA LE 20 JUILLET 2008,Madame Ingrid Bétancourt pour des raisons de SECURITE NATIONALE et sur conseil du gouvernement Colombien et Français va rester en France encore quelques temps,ELLE SERA PRESENTE LE 20 JUILLET 2008 PLACE DU TROCADERO
POUR UN GRAND RASSEMBLEMENT "PAZ SIN FRONTERA" PAIX SANS FRONTIÈRE pour le soutien aux otages encore détenus dans la jungle Colombienne,puis elle assistera surement si son état le lui permet aux JMJ DE SYDNEY 2008 où elle retrouvera le Pape BENOIT XVI.
SUITE A LA PREMIERE POLEMIQUE SUR LA REMISE DE LA LEGION D'HONNEUR(qui si elle avait lieu,obligerait sans aucun doute Madame Betancourt à la demander pour tous les otages libérés) ET SA PRESENCE AU DEFILE DU 14 JUILLET 2008,Madame Ingrid Betancourt de part son état de fatigue "PREFERE REFLECHIR" et part durant ce Week End en pélerinage sur la route de Saint Jacques de Compostelle.
Il est certain qu'après l'expérience de la Jungle Colombienne et son sauvetage impeccable par l'intelligence du Président de son pays elle préfére "ALLER PRIER A LOURDES" plutôt que de devoir assister au defile "D'ARTILLERIES LOURDES",PLACE DE LA CONCORDE,d'autant qu'elle ne s'inquiéte pas pour Monsieur Sarkozy,il ne sera pas seul pour recevoir "l'ogre Syrien" puisqu'il sera accompagné par Monsieur Ban ki-Moon,le représentant de l'ONU qu'elle devais rencontrer ce dimanche pour discuter avec lui de l'aide aux otages en Colombie.
vincent portier
DERNIÈRES NOUVELLES DE COLOMBIE PAR FABIO:Fabio écrit:
En mesure de prudence, l’Armée et Police colombiennes ont ordonné il y a quelques jours l’isolement médiatique des militaires et policiers ex-otages, afin de ne pas générer des interferences avec le traitement psychologique qu’ils suivent.

VOICI LES DEUX INTERVIEWS DE MADAME BETANCOURT CONCERNANT SES INTENTIONS FUTURES:

INTERVIEW "NON JE NE ME PRESENTEREZ PAS"

Réaction de Madame Ingrid Betancourt sur l'éfficacité du Président Alvaro Uribe Velez

ingrid,maintenant que vous etes libre,et pendant toutes ses années de captivité,vous avez pensé à la présidence de la Colombie,quels sont vos projets,aujourd'hui.....

"Bien...

"Ecoutez,je vais vous répondre par une réflexion que j'ai eu ces derniers temps....

"Un des coups les plus durs qu'ait été porté aux Farcs cela a été la réélection du Président,non seulement la réélection du président Uribe mais je dirais cette réélection qui est une expression de notre systéme démocratique ....

"Pendant des années,les Farcs avaient misés sur le fait qu'à chaque changement de gouvernement ils reprenaient leur souffle,ils se refaisaient militairement,et puis par cette effet de pendule lorsqu'il y avait un gouvernement qui suivait la voie dure il était suivi d'un gouvernement à la main tendue et donc à ce moment là les Farcs pouvaient se refairent militairement...

Or,dès lors qu'il y a eu la réélection du Président Uribe,les Farcs n'ont pas pu avoir se souffle... ils n'ont pas réussis à le reprendre à cause de l'étaux maintenu à ce moment là par le Président Uribe et je crois que sa réélection ""cette réélection du Président Uribe"" est une très bonne chose pour notre pays

"Je suis tout à fait consciente que la Colombie a changée entre temps,depuis mon incarcération....

"Je sais que le Président Uribe est un très bon Président

"Certains d'entre nous pensons d'ailleurs que certaines choses auraient pu êtres faitent autrement....

"Mais si vous me demandais si je voudrez être Présidente.....NON....
11 juillet 2008

SA DERNIERE INTERVIEW "PEUT ÊTRE PAS..."

Ingrid Betancourt a indiqué ce vendredi ne pas savoir si elle assisterait au défilé du 14 juillet auquel elle a été invitée par le président Nicolas Sarkozy. «Je ne sais pas si j'y serai parce que, je vous disais, je suis très fatiguée (...) On va voir», a-t-elle confié sur Europe 1.

L'ex-otage franco-colombienne a annoncé qu'elle allait se mettre «un peu en retrait», après avoir enchaîné les interviews et les visites de remerciements depuis sa libération le 2 juillet.

Sa «dernière interview»

«Je crois que je suis vraiment au bout du rouleau. Je suis vraiment fatiguée», a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle allait «être un peu en retrait». «Je crois que ça va être ma dernière interview, il faut vraiment que j'arrête, je le sens», a-t-elle répété d'une voix lasse. «Maintenant j'ai besoin de temps et je vais le prendre», a-t-elle encore dit.

L'ex-otage a en revanche annoncé qu'elle rencontrerait dimanche le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, invité d'honneur du défilé du 14 juillet. C'est «très important», a-t-elle souligné. «Il faut essayer de réfléchir tous ensemble comment continuer le combat, je pense qu'il faut absolument que l'ONU agisse, que l'ONU nous aide», concernant la situation des otages en Colombie.

Silencieuse sur les mauvais traitements subis

Interrogée sur les mauvais traitements subis pendant ses six années de captivité dans la jungle aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), elle a dit: «Je sais qu'il faudra que j'en parle, tout le monde me pose la question.»

«Je n'ai rien dit à ma famille. Mes enfants et maman ne connaissent absolument rien des conditions de ma détention, et ce n'est pas parce que je n'ai pas envie de le dire c'est parce que je n'arrive pas physiquement à le sortir de moi», a-t-elle conclu.

Avec agence

20Minutes.fr, éditions du 11/07/2008 - 15h09

COMMUNIQUE DE L'ETAT MAJORS DE L'ARMÉE COLOMBIENNE

Las autoridades militares colombianas ordenaron “blindar de los medios de comunicación” a los 11 miembros de la fuerza pública que el pasado 2 de julio fueron rescatados del cautiverio de las FARC, informó hoy una fuente oficial.

El asesor de prensa de la policía, Wilson Baquero, dijo a Notimex que la orden del alto mando es hacer un “blindaje mediático” de los miembros de la fuerza pública para facilitar el trabajo de adaptación que realizan los expertos con los recién liberados.

Los policías y militares, rescatados junto con la ex candidata presidencial Ingrid Betancourt y tres asesores estadunidenses, sólo tienen contacto directo con sus familiares y con personal de la fuerza pública.

Baquero afirmó que los ex rehenes han tenido un solo contacto de prensa con el programa “Las voces del secuestro”, que se transmite los sábados a partir de la medianoche.

“Esto se hizo porque los propios policías pidieron enviar mensajes a sus compañeros por este programa. Como sabemos, los secuestrados escuchan este programa y para ellos era muy importante. Ellos lo pidieron”, indicó Baquero.

Para evitar una agenda individual de cada medio con los ex rehenes, lo que llevaría semanas o meses para atender las peticiones que están contadas por miles, las autoridades definieron programar una rueda de prensa conjunta con todos los rescatados.

Según Baquero, ese encuentro con la prensa se llevará a cabo el próximo viernes, en vísperas de la gran marcha contra el secuestro y por la liberación de todos los secuestrados.

El alto mando policial no quiere repetir la experiencia del policía Frank Pinchao, quien tras fugarse el año pasado de un campamento de las FARC fue muy asediado por los medios, lo que impidió el tratamiento psicosocial al que tenía que ser sometido.

Los policías y militares rescatados son: Juan Carlos Bermeo, Raimundo Malagón, Erasmo Romero, José Ricardo Marulanda, William Pérez, José Miguel Arteaga, Armando Flórez, Vaney Rodríguez, Jairo Durán, Julio Buitrago y Armando Castellanos.

En poder de la guerrilla de las Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC) continúan 22 miembros de la fuerza pública y tres políticos, la mayoría de ellos con entre cinco y 10 años de cautiverio

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12 juillet 2008

INTERVIEW:CLARA ROJAS:"qu’elle réfléchisse"

CLARA ROJAS "EMMANUEL" SIGNIFICATION "DIEU AVEC NOUS"

11 juillet 2008 (traduit par notre Colibri, merci à lui, j'allais le faire ce matin, je gagne du temps)

Dans une conversation en exclusivité avec Radiosucesos RCN, Clara Rojas, candidate au poste de vice-présidente sur le ticket d’Ìngrid Betancourt lors des élections de 2002, a révélé ce matin l’ensemble des détails quant à la fin de sa relation avec l’ex-candidate à la présidentielle, récemment libérée au cours d’une opération militaire.

Rojas faisait référence à certaines déclarations et entretiens concédés par Betancourt et par Luis Eladio Pérez, et au départ récent de Colombie de l’ancien sénateur du fait de menaces sur sa vie.

Le voyage de Pérez hors du pays est ‘un peu tiré par les cheveux’, selon Clara, qui a évoqué également un reportage dans lequel l’ancien sénateur indiquait qu’il avait lavé les couches du fils de Rojas.

Elle a également évoqué une réponse de Betancourt à une chaîne de télévision internationale, depuis Paris, aux termes de laquelle elle aurait sauvé la vie d’Emmanuel, son fils, né en captivité. ‘Je ne sais pas d’où elle sort ça, mais il y a quelque chose de théâtral chez Ingrid […], je vous le dis très respectueusement’.

Clara Rojas a affirmé que ‘le degré de proximité, aussi bien de Luis Eladio (Pérez) que d’Íngrid, avec Emmanuel était nul’, ajoutant ‘qu’ils étaient dans la zone fumeurs et moi dans la zone non-fumeurs, et nous n’avions rien à voir. Ce que dit Íngrid, je ne vois pas à quoi cela fait référence’.

‘Je ne sais pas dans quelle mesure elle cherche à se créer un problème. La réalité c’est que, dès l’instant où j’ai su que j’étais enceinte jusqu’au moment de la naissance, ils se sont trouvés très loin, jusqu’à ce qu’on nous sépare’ s’est-elle souvenue, ajoutant qu’elle ‘avait essayé de faire très attention avec ce qu’elle dit de son enlèvement’. ‘J’y ai presque perdu la vie, mon fils a presque perdu la sienne, si bien que ce qu’ils sont en train de monter en épingle maintenant, c’est un peu ce qu’ils n’ont pas fait pour moi en captivité. Ils auraient dû être solidaires et ils ne l’ont pas été’, a-t-elle souligné.

Elle a indiqué qu’elle ne veut ‘pas les offenser, en aucune manière’ et que ce qu’elle souhaite c’est de ‘vivre tranquille’ et ‘qu’on me laisse vivre ma vie tranquillement’.

Sur le sujet d’une tentative présumée de noyer son fils, elle a considéré qu’il s’agissait ‘uniquement de spéculations. Je ne sais pas ce qu’ils prétendent faire en parlant de tant de choses. C’est une histoire qu’ils ont inventée… Je ne sais pas ce qu’ils cherchent vis-à-vis de l’opinion’, a-t-elle réitéré.

‘Cela me fait mal qu’ils aient créé ces histoires. Ce que dit Íngrid, c’est de la folie. Je ne sais pas ce qui lui arrive ou ce qu’elle a contre moi… D’un côté cela me fait mal et de l’autre cela me surprend. Il y a également le thème de mon fils, qu’ils devraient manier avec beaucoup de respect. Ils se dérobent avec moi, et je suis très ennuyée par ce comportement’

‘Ce qui est passé est passé. Ce qu’ils disent est aussi faux que les choses peuvent l’être. .. Je ne sais pas ce qui les anime. Cela me blesse au fond de l’âme, parce que je n’ai rien contre eux’, a-t-elle souligné.

Sur la possibilité d’une nouvelle candidature d’Íngrid à la présidence de la République, Rojas a estimé qu’il ‘fallait lui laisser un peu de temps pour qu’elle réfléchisse et qu’elle décide ce qu’elle veut… Il s’agit de laisser ses idées décanter pour savoir où elle veut aller’.

Betancourt et Rojas ont été enlevées le 23 février 2002, dans le département du Caquetá. Clara a été libérée unilatéralement par les FARC le 10 janvier de cette année et vit à Bogotá avec sa mère et son fils, tandis qu’ Íngrid, libérée au cours d’une opération de l’Armée le 2 juillet dernier, s’est envolée deux jours plus tard avec sa famille pour Paris.

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INTERVIEW:JACQUESTHOMET "Histoire de coeur ou raison d'état"

JACQUES THOMET INTERVIEW AU QUOTIDIEN “LA NUEVA ESPANA”

TRADUCTION LIBRE (TESTE ORIGINAL EN BAS D'ARTICLE)
___________________________

‘Bogotá a ridiculisé la France en libérant Betancourt au cours d’une opération impeccable’

‘ Les FARC sont pratiquement en déroute. Leur Etat-major est soit mort, soit porté disparu, soit au Venezuela’ […] ‘Même de Gaulle n’a pas atteint les niveaux de popularité d’Uribe, mais il doit maintenant passer dans l’histoire après deux mandats’

Jacques Thomet, journaliste, écrivain et auteur de ‘Ingrid Betancourt. Histoire de cœur ou raison d’Etat’.(VOIR DANS LE BLOG CATEGORIE "LIVRE"

Le journaliste français Jacques Thomet, responsable du bureau de l’Agence France Presse (AFP) à Bogotá entre 1999 et 2004 a suivi avec une attention toute particulière la libération de la sénatrice colombienne Ingrid Betancourt. Thomet a publié en 2006 ‘Ingrid Betancourt. Histoire de cœur ou raison d’Etat’, ouvrage dans lequel il soutient que la diplomatie française a fait prévaloir des intérêts personnels dans la gestion de cet enlèvement, ce qui a compromis les relations entre Paris et Bogotá. L’auteur, âgé de 61 ans et qui prend quelques jours de repos à Castrillón, affirme qu’il n’oubliera jamais le 4 juillet, jour de la libération de la franco-colombienne. Dans sa retraite asturienne, il actualise chaque jour son blog (http://jacquesthomet.unblog.fr), dans lequel il analyse l’affaire Betancourt.

Q : comment avez-vous pris connaissance de la libération ?

R : j’étais dans un hôtel à Madrid, avec les participants d’un forum organisé par la FAES. Ma fille (dont le compagnon est journaliste) m’a appelé depuis le Sénégal pour me donner la nouvelle, et la folie a commencé. Le jour-même, nous avions eu un exposé sur la Colombie auquel devait participer le ministre colombien de la défense Juan Manuel Santos. La veille, on nous a annoncé qu’il annulait son déplacement pour raisons d’Etat. Nous nous sommes rendus compte que quelque chose allait se passer, mais jamais nous n’avons imaginé que ce serait la libération de quinze otages, parmi lesquels Betancourt.

Q : votre livre s’est avéré une véritable bombe, et il redevient d’une parfaite actualité.

R : le livre était politiquement incorrect parce que j’y explique que c’est le gouvernement français qui a converti Ingrid Betancourt en une espèce de joyau de la Couronne pour la guerrilla du fait des interventions permanentes du président Jacques Chirac, de son ministre Dominique de Villepin, et, maintenant, de Sarkozy. En 2002, lorsqu’elle a été enlevée, elle n’avait aucune chance d’être élue présidente (elle avait 0,3% d’intentions de vote). Mais la pression française a fait qu’Ingrid est devenue un joyau pour les FARC. Le livre a reçu un accueil favorable, bien que j’aie été parfois censuré dans les médias, particulièrement à la télévision française.

Q : Astrid Betancourt, sœur d’Ingrid, a dit qu’elle vous réclamerait des dommages et intérêts pour les ‘calomnies ‘ de votre livre. L’a-t-elle fait ?

R : elle a effectivement dit cela, mais elle ne l’a pas fait, et elle ne le fera jamais. Le livre évoque quelques scandales, mais il y en a d’autres ; peut-être un jour apparaîtront-ils en pleine lumière.

Q : Betancourt était-elle une cible facile pour les FARC ce 23 février 2002, date de son enlèvement ?

R : je suis en possession d’un rapport des services secrets colombiens qui démontre qu’elle a désobéi aux recommandations des forces de sécurité. Ce jour-là, elle voyageait avec sa directrice de campagne, Clara Rojas, et avec le photographe Alain Keler. Lorsqu’ils sont arrivés au premier point de contrôle, un guerrillero leur a dit de faire demi-tour et Ingrid n’a pas voulu, cela est prouvé. Elle a pensé qu’elle serait séquestrée un mois ou deux, et que cela l’aiderait dans son ascension vers la présidence. Keler, qui est un témoin-clé, affirme toujours que Betancourt s’est jetée consciemment dans la gueule du loup. A peine trois jours avant leur enlèvement, le président Andrés Pastrana avait mis fin à la cession aux FARC d’un territoire, qu’il leur avait accordé en 1998 ; un territoire démilitarisé, sans police, sans armée, sans justice. Le danger était maximal, aucun dialogue n’était possible, et Ingrid le savait.

Q : que pensez-vous du rôle de Sarkozy ?

R : il a été aussi mauvais qu’en leur temps Chirac et Villepin. Ils ont fait pression sur le gouvernement de Colombie comme s’il était responsable du drame de Betancourt et des autres otages (il ne faut pas oublier qu’il y a 3000 autres otages des guerrillas en Colombie). L’opinion publique a été très influencée par ces postures politiques et par une presse qui n’a jamais enquêté autant que nécessaire. En réalité, c’est bien la guerrilla qui a enlevé Ingrid, qui l’a maintenue en captivité six ans et qui a refusé toutes les propositions du président Uribe.

Q : et il était impossible de payer le prix de ce ‘joyau’ ?

R : les FARC posaient une série de conditions qu’aucun gouvernement ne pourrait accepter, comme l’octroi d’un territoire ou leur sortie de la liste des organisations terroristes. Les propositions de la France étaient scandaleuses: elle a expliqué à Uribe qu’il ne devait pas intervenir avec ses forces armées pour ne pas mettre en danger la vie de Betancourt, comme si la Colombie appartenait à la France, comme s’il s’agissait d’une République bananière. Le premier ministre François Fillon a offert aux guerrilleros des FARC, auteurs de crimes contre l’humanité, le statut de réfugiés politiques s’ils libéraient Betancourt. C’est incroyable, inimaginable et insupportable.

Q : et la libération est arrivée ?

R : en fin de compte, après que la France avait accusé Uribe de ne rien faire, Bogotá l’a ridiculisée en libérant Ingrid au court d’une opération militaire conduite par un commando d’agents secrets, au cours de laquelle pas une seule goutte de sang n’a coulé. La France a jeté un rideau de fumée pour occulter le fait qu’elle se préparait à autoriser les médiateurs français et suisse, Noel Sáenz et Jean-Pierre Gontard, à rencontrer le nouveau chef de la guerrilla, Alfonso Cano. Nous verrons bien si la France consacre autant de temps à la libération des milliers d’otages qui demeurent qu’elle en a consacrée à celle d’une seule d’entre eux. Puisse-t-il en être ainsi.

Q : un commentaire sur Villepin ?

R : il a déjeuné avec Ingrid lundi. Il a été son professeur à Sciences Pipo et il était très ami avec elle.

Q : ami jusqu’à quel point ?

R : un ami très spécial. Il a abordé cette affaire sur un mode affectif et sentimental. Il y a eu un conflit d’intérêts.

Q : se trouve-t-on face à la fin des FARC?

R : elles sont pratiquement défaites. Le 1er janvier Raúl Reyes a été tué. Dans son campement ont été découverts trois ordinateurs, des disques durs externes et des clés USB qui contiennent 38 000 fichiers, essentiellement des courriels. L’un de ces courriels démontre que la France a également été bernée en 2003 lorsqu’elle a payé une rançon à des guerrilleros présumés qui en réalité n’étaient pas les bons destinataires. En mars, Iván Ríos et Manuel Marulanda sont tombés. La seule femme chef de la guerrilla s’est rendue en mai. Le nouveau numéro un, Alfonso Cano, est harcelé depuis avril par l’Armée. Iván Márquez et Rodrigo Granda se cachent au Venezuela. Où se trouve l’Etat-major? Il est soit mort, soit porté disparu, soit au Venezuela.

Q : Uribe bat des records de popularité. Se représentera-t-il ?

R : je crois qu’aucun président élu démocratiquement, pas même de Gaulle en France, n’a atteint de tels niveaux de popularité (la dernière enquête lui donne pratiquement 93%). Cela doit être une tentation pour lui de solliciter une nouvelle réelection. Je crois qu’Uribe doit entrer dans l’histoire après deux mandats consécutifs. Il y a de jeunes hommes et femmes politiques très capables pour continuer à gérer le pays et à mettre en œuvre le plan de sécurité qu’il a lancé.

Q : Betancourt sera-t-elle candidate à la présidence ?

R : pour cela, encore faudrait-il qu’elle soit en Colombie. Pourquoi vit-elle en France au lieu de vivre en Colombie, le pays qui l’a sauvée, où elle pourrait aider à la libération des otages et des ses compagnons de captivité ? Elle a annoncé qu’elle ne participerait pas à la marche pour la libération des otages qui aura lieu le 20. En revanche, elle participera à la Fête nationale française le 14 juillet à Paris. La France n’a pas même participé à sa libération. Je ne la vois pas candidate. Elle-même a dit qu’elle ne pensait pas se présenter.

Q : définissez l’ ‘affaires Betancourt’

R : l’ ‘affaire Betancourt’ est un exemple hallucinant de la façon dont on peut travestir une réalité avec la complicité des médias qui n’enquêtent pas en profondeur, ainsi que cela s’est passé en France.

«Bogotá se ha burlado de Francia al rescatar a Betancourt en una operación impecable»

«Las FARC están prácticamente derrotadas. Su cúpula está muerta, desaparecida o en Venezuela»
«Ni De Gaulle alcanzó las cotas de popularidad de Uribe, pero tiene que pasar a la historia tras dos mandatos»

Jacques Thomet

JACQUES THOMET Periodista, escritor y autor de «Ingrid Betancourt. ¿Historias del corazón o razón de Estado?»Avilés, Amaya P. GIÓN
Periodista, escritor y autor de «Ingrid Betancourt. ¿Historias del corazón o razón de Estado?»

El periodista francés Jacques Thomet, responsable de la agencia «France Presse» (AFP) en Bogotá entre 1999 y 2004, ha seguido con especial atención la liberación de la senadora colombiana Ingrid Betancourt. Thomet publicó en 2006 «Ingrid Betancourt. ¿Historias del corazón o razón de Estado?», obra en la que sostiene que la diplomacia francesa hizo prevalecer intereses personales en la gestión del secuestro, lo que comprometió las relaciones entre París y Bogotá. El escritor, de 61 años y que pasa unos días de descanso en Castrillón, dice que jamás olvidará el 4 de julio, día de la liberación de la franco-colombiana. En su retiro asturiano actualiza cada día su blog (jackesthomet.unblog.fr) en el que analiza el caso Betancourt.

-¿Cómo conoció la noticia de la liberación?

-Estaba en un hotel de Madrid con los participantes de un foro organizado por la FAES. Mi hija (su compañero es periodista) me llamó desde Senegal, me dio la noticia y empezó la locura. Ese mismo día habíamos tenido una ponencia sobre Colombia en la que estaba prevista la participación del ministro de Defensa colombiano Juan Manuel Santos. La víspera anunció que anulaba el viaje por razones de Estado. Nos dimos cuenta de que algo iba a ocurrir, pero jamás imaginamos que sería la liberación de quince rehenes, entre ellos Betancourt.

-Su libro se convirtió en una auténtica bomba y vuelve a estar de máxima actualidad.

-El libro era políticamente incorrecto porque en él digo que fue el Gobierno francés quien convirtió a Ingrid Betancourt en una especie de joya de la corona para la guerrilla por las intervenciones permanentes del presidente Jacques Chirac, de su ministro Dominique de Villepin y, ahora, de Sarkozy. En 2002, cuando fue secuestrada, no tenía ninguna posibilidad de ser elegida para la presidencia (tenía 0,3 puntos de intención de voto). Pero la presión francesa hizo que Ingrid se convirtiera en una joya para las FARC. El libro tuvo una buena acogida aunque en ocasiones fui censurado en los medios, sobre todo en la televisión francesa.

-Astrid Betancourt, hermana de Ingrid, dijo que lo demandaría por las «calumnias» de su libro, ¿lo hizo?

-Lo dijo, pero no lo hizo y nunca lo hará. El libro recoge algunos escándalos, pero hay más; quizás algún día salgan a la luz.

-¿Fue Betancourt un blanco fácil para las FARC aquel 23 de febrero de 2002, fecha de su secuestro?

-Tengo un informe de los servicios secretos colombianos que demuestra que desobedeció las recomendaciones de las fuerzas de seguridad. Aquel día viajaba junto a su jefa de campaña, Clara Rojas, y el fotógrafo Alain Keler. Cuando llegaron al primer control un guerrillero les dijo que diesen la vuelta e Ingrid no quiso, está probado. Pensó que estaría secuestrada un par de meses y que eso le ayudaría en el ascenso a la presidencia. Keler, testigo clave, sigue diciendo que Betancourt se echó a la boca del lobo a conciencia. Tan sólo tres días antes del secuestro, el presidente Andrés Pastrana había cancelado el territorio que había otorgado a las FARC desde 1998; un territorio desmilitarizado, sin policía, sin ejército, sin justicia? El peligro era máximo, no había diálogo posible e Ingrid lo sabía.

-¿Qué opina del papel de Nicolás Sarkozy?

-Ha sido igual de malo que en su día el de Chirac y Villepin. Presionaron al Gobierno de Colombia como si fuese responsable del drama de Betancourt y de los otros secuestrados (no hay que olvidar que hay otros 3.000 rehenes de las guerrillas en Colombia). La opinión pública ha estado muy influenciada por estas posturas políticas y por una prensa que nunca investigó lo suficiente. En realidad, quien secuestró a Ingrid, la mantuvo seis años en cautiverio y rehusó a todas las propuestas del presidente Uribe fue la guerrilla.

-¿Y el precio por «la joya de la corona» era impagable?

-Las FARC ponían una serie de condiciones que ningún gobierno podría aceptar, como territorio o salir de la lista de organizaciones terroristas. Las propuestas de Francia fueron escandalosas: planteó a Uribe que no interviniese con sus fuerzas armadas para no arriesgar la vida de Betancourt, como si Francia fuera la dueña de Colombia, como si fuese una república bananera. El primer ministro François Fillon ofreció a los guerrilleros de las FARC, autores de crímenes contra la humanidad, el estatuto de refugiados políticos si liberaban a Betancourt. Es increíble, inaguantable e inimaginable.

-Y llegó la liberación?

-Al final, tras acusar a Uribe de no hacer nada, Bogotá se burló de Francia rescatando a Ingrid en una intervención militar con un comando de agentes secretos en la que no se derramó ni una gota de sangre. Francia echó una cortina de humo para ocultar que estaba preparando autorizar a los mediadores de Francia y Suiza, Noel Sáenz y Jean Pierre Gontard, a ir a encontrarse con el nuevo jefe de la guerrilla, Alfonso Cano. Veremos si Francia dedica tanto tiempo a la liberación de los miles de rehenes que quedan aún como el que dedicó al de sólo una. Ojalá que sí.

-¿De Villepin tendrá algo que decir?

-Almorzó con Ingrid el lunes. Fue su profesor en Ciencias Políticas y muy amigo suyo. -¿Amigo hasta qué punto?

-Un amigo muy especial. Abordó el caso con afectividad y sentimentalismo. Hubo un conflicto de intereses.

-¿Estamos ante el fin de las FARC?

-Están prácticamente derrotadas. El 1 de enero mataron a Raúl Reyes. En su campamento encontraron tres ordenadores, discos duros externos y llaves USB que contienen 38.000 ficheros, principalmente correos electrónicos. Uno de esos correos demuestra que Francia también fue burlada en 2003 al pagar un rescate a supuestos guerrilleros que no eran los destinatarios reales. En marzo cayeron Iván Ríos y Manuel Marulanda. La única mujer jefe de la guerrilla se entregó en mayo. El nuevo número uno, Alfonso Cano, es perseguido desde abril por el ejército. Iván Márquez y Rodrigo Granda están escondidos en Venezuela. ¿Dónde está la cúpula? O muerta o desaparecida o en Venezuela.

-Uribe bate récords de popularidad, ¿repetirá candidatura?

-Creo que ningún presidente democrático, ni De Gaulle en Francia, alcanzó tales cotas de popularidad (la última casi alcanza el 93 por ciento). Debe ser una tentación para él ante una nueva reelección. Creo que Uribe tiene que pasar a formar parte de la historia tras dos mandatos consecutivos. Hay jóvenes políticos muy aptos para seguir manejando el país y desarrollando el plan de seguridad que él puso en marcha.

-¿Será Betancourt candidata a la Presidencia?

-Para eso tendría que estar en Colombia. ¿Por qué vive en Francia en vez de en Colombia, el país que la salvó, para ayudar en la liberación del resto de rehenes y de sus compañeros de cautiverio? Ha anunciado que no asistirá a la marcha por la liberación de los rehenes que tendrá lugar el día 20. En cambio, participará en la fiesta nacional francesa del 14 de julio, en París. Francia ni siquiera participó en su rescate. No la veo candidata. Ella misma ya ha dicho que no piensa presentarse.

-Defina «caso Betancourt»

-El «caso Betancourt» es un ejemplo alucinante de cómo se puede travestir una realidad con la complicidad de los medios de comunicación que no investigan en profundidad, como ha ocurrido en Francia.

«El “caso Betancourt” ejemplifica cómo travestir una realidad con la complicidad de la prensa»

«Ojalá el Elíseo dedique tanto tiempo a la liberación de miles de rehenes como el que dedicó a una»

«Fue el Gobierno francés el que convirtió a Betancourt en la joya de la corona para las FARC»

«Mi libro recoge algunos escándalos, pero todavía hay más; quizás un día salgan a la luz»

«El papel que ha desempeñado Sarkozy ha sido igual de malo que en su día el de Chirac y Villepin»

«No veo a Ingrid como candidata a la Presidencia de Colombia; ya ha dicho que no se presentará»


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11 juillet 2008

INTERVIEW:Le général Freddy Padilla de Leon,chef d'état-major des forces armées Colombiennes

« Nous sommes à la fin de la fin des Farc »

freddypadilladeleon.jpg Le général Freddy Padilla de Leon (photo), commandant en chef des Forces armées de Colombie

PROPOS RECUEILLIS PAR NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX À BOGOTA, KATIA CLARENS pour le figaro
11/07/2008 | Mise à jour : 14:13 |
Dix jours après la libération d’Ingrid Betancourt, le chef de l’armée colombienne, le général Padilla, explique l’opération de sauvetage et prédit la fin des Farc.

Il entre dans la pièce, pressé, pas empressé. Puissante présence. Le général Padilla de León, chef d’état-major des forces armées colombiennes et proche du président Alvaro Uribe, nous reçoit entre deux réunions. Il a le regard brillant, et goûte comme un nectar ce dernier triomphe : voilà dix jours, il accueillait, sur le tarmac et en compagnie du ministre de la Défense, les 15 otages libérés par ses services de renseignement. Parmi eux se trouvait Ingrid Betancourt. L’opération « Mise en échec », extraordinaire coup de poker, venait de réussir. Il parle désormais de l’avenir « post-victoire » de la Colombie. Ses propos semblent partiellement en contradiction avec ceux du haut commissaire pour la paix Carlos Restrepo, qui annonçait lundi que le gouvernement colombien n’avait plus confiance dans les négociateurs européens. Lui, au contraire, confirme le rôle humanitaire de la France.

Le Figaro Magazine - L’opération de sauvetage du 2 juillet dernier a porté un coup très dur aux Farc. Il s’ajoute à la mort récente de deux de leurs chefs, Raúl Reyes et Manuel Marulanda. Peut-on aujourd’hui pronostiquer la fin des Farc ?

Général Freddy Padilla - Churchill, en son temps, avait annoncé le début de la fin. Nous, nous sommes à la fin de la fin. Après plus de quarante ans de désolation, de mort, de terrorisme, d’enlèvements, d’extorsions, nous sommes dans la dernière ligne droite. Grâce au programme de démobilisation proposé par le gouvernement, plus de 42 000 Colombiens se sont démobilisés (cela inclut les paramilitaires, ndlr) dans les deux dernières années. Un record. Concernant les Farc, de plus en plus de cadres moyens quittent l’organisation, qui tend à vieillir. Ce secrétariat ne trouvera pas de remplaçants. Il y a désormais plus de démobilisés que d’engagés dans leurs rangs - environ 9 000 personnes. C’est cependant une étape très difficile qui demande beaucoup de fermeté, parce que les Farc, privées de leur force, recourront sans doute au terrorisme et aux assassinats.

Les Américains et les Israéliens ont dit avoir participé au sauvetage, quel a été leur rôle ?

Cette opération a été mise au point et exécutée par les renseignements militaires colombiens. Les huit hommes et la femme qui étaient dans l’hélicoptère étaient tous des Colombiens. Par ailleurs, les Etats-Unis ont été les premiers à croire aux aspirations démocratiques de la Colombie. Le plan Colombie (programme de lutte contre les groupes armés et le narco trafic soutenu par les Etats-Unis, ndlr) a donné lieu à une transfusion de technologie de pointe qui nous a permis de faire un bond stratégique. Ensuite, d’autres pays sont arrivés pour apporter leur aide. Qu’achetons-nous à chaque nation ? Cela dépend des besoins et des facilités économiques qui sont proposées. Les Américains ont fourni de l’équipement, spatial (des moyens satellites, ndlr) entre autres, qui a beaucoup aidé.

Et les Israéliens ?

Ils nous ont transmis leur savoir-faire et leur expérience.

En entraînant vos hommes, par exemple ?

Ils sont intervenus dans différentes disciplines.

On a dit qu’il y avait eu des négociations préalables avec les chefs Farc en charge des otages, comme « Cesar », est-ce vrai ?

Dans cette opération sans précédent, il n’y a pas eu un seul blessé, pas un seul mort, pas un seul centime versé.

Combien d’hommes sont aujourd’hui assignés à la lutte contre les Farc ?

L’armée colombienne comptera en décembre 300 000 hommes, dont 60 % sont assignés à la lutte contre la narco-guérilla. Nous contrôlons désormais tout le territoire. Mais le plus important, c’est que les militaires et le président sont soutenus par le peuple. Cette semaine, le président a atteint 92,5 % de confiance dans les sondages. Un record.

A quoi ressemblera la Colombie de la post-violence ?

Notre processus de paix sera très différent de celui de l’Amérique centrale. Là-bas, ceux qui avaient refusé le programme de paix se sont organisés et ont formé de redoutables bandes criminelles : les Maras. Nous étudions en ce moment les moyens de prévenir leur formation en Colombie dans l’ère de ce que nous appelons la post-victoire. Il serait impardonnable que nous reproduisions un tel schéma.

Le président Sarkozy et Ingrid Betancourt ont dit qu’ils continueront à lutter pour obtenir la libération des otages toujours retenus par les Farc. Quelle est la position des forces armées et du président Uribe en ce sens ?

Nous avons sélectionné trois pays, la France, la Suisse et l’Espagne. Ce seraient les seules nations autorisées à agir pour la médiation, dans un cadre humanitaire, avec la guérilla. En coordination, bien sûr, avec les autorités colombiennes.

A venir l'article sur le livre/Les FARC : une guérilla aux abois

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INTERVIEW:JUAN CARLOS LECOMPTE:"je n’ai que de la reconnaissance."

JUAN CARLOS LECOMPTE: "TODO UN CABALLERO"

Pour faire plaisir à Aurore, mais surtout parce que ce Monsieur est ce qu’on appelle en castillan ‘todo un caballero’, en colombien ‘un bacan’ et en français ‘juste quelqu’un de bien’, ci dessous une traduction libre de l’entretien de El Tiempo avec M. Juan Carlos Lecompte .

Merci à Colibri pour cette traduction droit d'hommiste

                                                                        vincent portier

TRADUCTION
_____________________________________

Juan Carlos Lecompte n’exclut pas que tout soit terminé avec Íngrid Betancourt

Photo: Claudia Rubio / EL TIEMPO

Dans un entretien avec María Isabel Rueda, il évoque ses sentiments après la libération de son épouse et dément les rumeurs sur les raisons de leur distanciation.

Q : j’espère que cet entretien vous libèrera de toutes les conjectures au sujet de votre relation avec votre épouse Íngrid après son sauvetage, afin que nous les médias cessions de vous poursuivre. Est-il exact que l’on vous ait fait descendre de l’avion qui l’a conduite en France ?

R : ça n’est pas vrai. La décision de ne pas l’accompagner en France, nous l’avons prise ensemble à 5 heures du matin jeudi. Elle m’avait expliquée qu’elle souhaitait être avec ses enfants, parce qu’elle ressent une certaine culpabilité de ne pas les avoir vu grandir.

Q : elle se sent coupable pour la façon dont elle s’est pratiquement livrée aux FARC ?

R : non. Elle ne ressent pas de culpabilité pour ça, dès lors que l’une de ses premières déclarations a consisté à dire que si elle pouvait le refaire, elle le referait.

Q : mais, dans une déclaration ultérieure, elle a rectifié en admettant que, ce faisant, elle avait soumis sa famille à une souffrance très grande

R : c’est ça. Elle referait la même chose si elle n’était pas mère, ni fille, ni épouse. Je la connais bien, et je savais qu’elle allait me demander du temps pour être seule avec ses enfants. Je lui ai répondu qu’intérieurement je m’étais préparé pour cela durant toutes ces années. Elle a beaucoup souffert, et, maintenant qu’elle est libre, elle ne mérite de souffrir d’aucune gêne, et j’étais parfaitement d’accord.

Q : vous, qui avez été très actif, durant ces six années, en vue de la libération d’Íngrid, vous vous êtes très vite retrouvé aux prises avec des divergences qui ont surgi avec Yolanda et Astrid, la sœur d’Íngrid. Sur quoi portaient-elles ?
R : chacun a sa méthode. J’ai dit et j’ai fait des choses qui n’ont pas été du goût de la famille. Par exemple, lancer les photos des enfants depuis un avion. Elle n’en a reçu aucune, mais lorsque nous sommes arrivés chez ma belle-mère et que je lui ai montré des photos de ses enfants maintenant, avant qu’elle ne les voie le lendemain, elle était très émue.

Q : vous avez eu le sentiment que l’on vous traitait mal, dans les premières minutes des retrouvailles avec Íngrid, du fait de ces divergences ?

R : oui, ce jour là, on m’a mal traité, mais je l’avais été encore plus pendant sa captivité. Et, si je regarde bien, le fait est que je n’ai jamais eu une bonne relation ni avec le mère ni avec la sœur. Pendant les dernières années de sa captivité, deux groupes se sont formés: l’un, composé de Yolanda et d’Astrid ; l’autre de Fabrice, des enfants et de moi.

Q : comment avez-vous appris la nouvelle que vous aviez tant attendu durant ces six ans, le sauvetage d’Íngrid?

R : Herbin Hoyos, le directeur de ‘Voces del secuestro’ [NDT : programme de radio diffusé quotidiennement par Radio Caracol, au cours duquel leur proches peuvent adresser des messages aux otages], m’a appelé mercredi à deux heures de l’après-midi et il m’a dit qu’il ne savait pas comment, mais Íngrid était libre. Yolanda m’a également appelé avec insistance, mais mon cellulaire était sur répondeur. Un colonel de la Police s’est présenté chez moi, et je lui ai demandé de m’emmener à Catam, où je suis arrivé avant quiconque.

Q : comment aviez-vous imaginé en rêve ces retrouvailles ?

R : je suis très heureux de ce sauvetage, mais je dois admettre que j’espérais autre chose. J’espérais une forte étreinte, mais pas de baisers, parce que nous étions en public.

Q : et il n’y a pas eu de forte étreinte ?

R : non, il n’y a pas eu de forte étreinte. Alors je me suis mis de côté, avec beaucoup de dignité. Jamais je n’ai eu un rôle de premier plan dans la vie publique d’Íngrid. Mon rôle a toujours été de l’aider dans la mesure de mes moyens, mais pas d’apparaître à ses côtés. Je faisais mon travail de publicitaire, ensuite je m’asseyais avec elle, et je lui montrais ce que j’avais fait.

Q : je me souviens que c’est vous qui avez inventé la chemise à l’éléphant, qui lui a servi d’uniforme pendant ces brillants débats sur le processus 8000

R : j’ai inventé le concept de l’éléphant, le slogan ‘rien que la vérité’ et Oxygène, mais je n’étais pas à ses côtés sur la photo lorsqu’elle a obtenu 150 000 voix. Beaucoup de Colombiens me connaissaient quand elle a été séquestrée, et Íngrid aimait ma discrétion. Ce jour-là à l’aéroport, j’ai un peu ressenti que je jouais ce rôle. Et, bien que cet impact initial m’ait un peu refroidi, bien que notre étreinte n’ait pas été celle que j’attendais, me trouver là, sur le côté, n’était pas pour moi une humiliation. En rien.

Q: votre seul rôle là-bas, ça a été de lui porter son sac à dos…

R : elle portait à l’épaule un sac à dos, dont on voyait bien qu’il était lourd ; je le lui ai enlevé et je l’ai porté, tout le temps. Cette nuit-là, elle ma dit qu’elle m’avait rapporté un cadeau, et elle a sorti du sac ce bracelet, qui était fourré au milieu de quantité de sacs plastiques. J’ai pensé que c’était une chemise ou un tissu, et après avoir retiré tous ces sacs plastiques, le bracelet est apparu et elle me l’a passé elle-même au poignet.

Q : quelle a été la première chose que vous vous êtes dit au moment des retrouvailles ?

R : j’ai pu lui parler par téléphone au moment où l’avion décollait de Tolemaida. Elle m’a dit : je suis enfin libre ! Ce cauchemar est enfin terminé ! Et moi je lui disais: oui, Nini, oui, Nini… Je rêvais d’une étreinte de trois ou quatre minutes. A la maison oui, j’ai pu l’étreindre pendant ce temps-là.

Q : à juste raison ou non, par indiscrétion malsaine ou par curiosité, tout le monde était suspendu à ces détails, et la conclusion a été que les choses n’allaient pas se passer comme avant… Depuis combien de temps êtes-vous mariés ?

R : cela fait treize ans que nous sommes ensemble. Nous avons vécu quelques années sans être mariés, et nous nous sommes mariés le 30 janvier 1997, il y a huit ans, dont 5 ans où elle été retenue en otage [NDT : les chiffres ne concordent pas, mais ma traduction est fidèle à l’original de l’entretien]. Nous nous sommes d’abord mariés à Moorea selon le rite polynésien, mais c’était extrêmement compliqué, et nous avons décidé ensuite de nous marier au civil.

Q : est-ce que cela vous est arrivé de penser qu’au moment où elle retrouverait la liberté, il pourrait se passer ce qui s’est passé ?

R : oui. Mais l’épisode de l’aéroport, je l’ai pris sous bénéficie d’inventaire, parce que, à la différence de Luis Eladio, qui a marché pendant 20 jours en pensant à ce qu’il allait dire au moment de sa libération, Íngrid, deux heures avant son sauvetage, était encore attachée à un poteau. Excepté à l’endroit de sa maman et de ses enfants, on ne peut pas lui demander beaucoup de clarté dans ses sentiments, car elle a dû arriver plongée dans une nébuleuse, dans une grande confusion. Moi, j’espérais effectivement que ce serait l’année de sa libération, du fait des autres libérations qui se sont produites. Mais j’avais calculé que cela arriverait en novembre ou décembre. C’est le message que je lui envoyais à travers les ‘Voces del secuestro’.

Q : vous lui envoyiez beaucoup de messages ?

R : pas autant que j’aurais dû. Mais j’ai la conscience tranquille, j’ai fait ce que j’ai pu. Par exemple, c’est moi qui ai eu l’idée de la prise de la Cathédrale par les familles des otages, du lancer des photos des enfants, des six photos au format panneau publicitaire que j’ai envoyées à Paris, à Bruxelles, à Madrid… La seule chose qui m’ait manqué, c’est de lui envoyer des messages plus fréquents, comme sa maman le faisait tous les jours.

Q : est-il vrai qu’ Íngrid n’a pas aimé que vous ayez écrit un livre sur son enlèvement ?

R : je ne crois pas. De fait, elle m’a demandé de le lui mettre dans sa valise parce qu’elle allait le lire

Q : dans les premières images prises à l’intérieur de l’avion, il était évident que les enfants d’ Íngrid vous aiment beaucoup…

R : c’est vrai. Depuis le début nous avons eu une relation excellente, et je suis sûr que cela a beaucoup joué pour qu’elle se marie avec moi.

Q : tenez-vous pour injuste qu’on ait dit qu’Íngrid n’était pas attendue par un mari, mais par deux ?

R : l’un d’eux est le père des enfants

Q : et vous l’avez toujours évoqué en termes très affectueux…

R : oui, parce que leur relation est comme celle d’un frère et d’une sœur. Íngrid me l’a toujours dit, et elle faisait beaucoup d’efforts pour que je devienne ami de Fabrice. Au début, j’étais un peu réticent, peut-être par jalousie, mais nous sommes devenus amis après l’enlèvement. Il ne faut pas confondre l’amour avec un comportement civilisé. Fabrice est un mec super. Mais, pour le moment, le mari, c’est moi.

Q : ressentez-vous quelque amertume quand vous entendez les commentaires qui sont fait de votre relation avec Íngrid. Est-ce qu’elle vous a pris dans ses bras, ou non ; est-ce qu’elle vous a embrassé, ou non ; est-ce qu’elle vous a regardé ou non. Osuna est même allé jusqu’à vous caricaturer avec la langue pendante..

R : d’abord, il se peut qu’Osuna ait raison, mais à moi cela m’importe peu. Mon bonheur, c’est de voir Ingrid heureuse au côté de ses enfants. Une scène divine que j’emporterai dans la tombe, c’est lorsque nous sommes montés dans l’avion et qu’ils se sont retrouvés. Ces baisers et cette étreinte mêlés de larmes qu’ils se sont donnés tous les trois, c’était tellement beau que c’en était impressionnant. Bien sûr que j’aurais préféré qu’elle soit un peu plus affectueuse avec moi, pas aussi froide, mais un enlèvement est une chose très compliquée et on ne peut pas mesurer l’amour avec ce genre de calculs. En outre, qui sait quelles choses elle a entendues ou on lui a racontées à mon propos pendant sa séquestration, par exemple cette prétendue relation que j’aurais eu avec une Mexicaine.

Q : vous sortiez avec une Mexicaine ?

R : C’est un ragot qu’on a inventé. Et il est parvenu jusqu’en France, parce qu’une fois les enfants m’ont accueilli avec une certaine froideur. Mais je leur ai dit : ‘attendez, les choses sont comme-ci, comme-ça et point barre’. Et on m’a aussi inventé quelque chose avec une de ses cousines. Des ragots, il y en a autant que vous voulez. Et elle, là-bas dans la jungle, elle a dû être au courant. Pour autant que je sache, la maman, qui était son cordon ombilical, ne m’a jamais évoqué [NDT : sous ce rapport de l’adultère supposé], mais on m’a dit que parfois elle disait [NDT : la mère de Mme Betancourt, Yolanda Pulecio] que je l’avais déçue, elle, que je l’avais trompée. [NDT : ‘trompée’ au sens de tromperie, pas au sens d’adultère].

Q : vous aussi vous avez été retenu en otage toutes ces années. Vous n’aviez pas le droit d’être heureux, parce que cela aurait été mal vu. Ni malheureux, parce que la vie doit continuer. Ni de sortir avec une amie, parce que c’était les ragots garantis. C’était une vie par intérim?

R: oui. J’ai intégré et j’ai travaillé pratiquement à temps complet dans une entreprise qui s’appelait ‘aux familles des otages’, dans laquelle on accomplit une tâche très ingrate et dont personne ne vous sait gré. Vous devenez le lépreux de la fête. Cette entreprise a fermé, elle a fait faillite, et je suis sans emploi. Mais j’ai une vie, je dois travailler, je dois produire quelque chose. J’ai fait ma part en l’attendant, et maintenant je vais suivre le cours de ma vie.

Q : pensez-vous que cette période intérimaire de votre vie soit maintenant achevée?

R : ouf ! Oui, c’est fini. Voir Íngrid heureuse me rend heureux. Mais ce bonheur n’est pas complet, parce qu’en ce moment-même, j’aimerais me trouver avec elle. Hier soir nous nous sommes parlés, Fabrice m’a appelé et il me l’a passée. C’est une preuve de son élégance à lui. Et elle, comme si de rien n’était. Je suis perplexe, je ne sais que penser.

Q : aujourd’hui, vous n’êtes pas séparés, mais vous n’êtes pas non plus ensemble. Alors, qu’allez-vous faire maintenant ? Vous allez continuer à l’attendre ?

R : je vais refaire ma vie. Je veux travailler dans ce qui me plaît, la publicité. Il y a des projets qui se forment, des amis qui veulent m’aider, je veux être productif, mais il reste d’autres otages, et j’aimerais pouvoir continuer à aider. Et qu’Íngrid aussi le fasse, avec la notoriété qui est la sienne. Avec cette créativité qui la caractérise, puisse-t-elle concevoir quelque chose pour dénouer cet écheveau, maintenant que le monde a les yeux braqués sur elle.

Q : je suppose que vous avez beaucoup pleuré pendant ces années. Après le sauvetage d’Íngrid, et au regard de la façon dont les choses se sont déroulées, avez-vous pleuré à nouveau?

R : non, je n’ai pas pleuré. L’amour, c’est aussi voir son épouse heureuse même si elle n’est pas avec soi. Hier, elle m’a dit qu’elle dormait avec ses enfants, un de chaque côté, qu’elle se réveillait la nuit et les embrassait.

Q : vous êtes heureux parce qu’elle est heureuse ? Quand pensez-vous être heureux par vous-même ?

R : eh bien, la situation dans laquelle je me trouve est bien compliquée. Je ne dois pas écarter l’hypothèse que tout soit terminé avec Íngrid. C’est possible. Ca n’est pas quelque chose à quoi je pense seulement maintenant, j’y avais déjà songé avant. Il se peut que l’amour qu’elle avait pour moi se soit éteint dans la jungle. Et que puis-je y faire ? Pendant qu’elle s’organise, qu’elle se remet à jour, il faut laisser le temps aux choses. Je l’ai bien déjà attendue six ans et demi…

Q : vous envisagez de reconstruire votre vie sentimentale avec quelqu’un d’autre ?

R : Non, non. Pas encore.

Q : mais aujourd’hui, de qui dépend la décision de préserver ce mariage ?

R : il n’y a pas qu’Íngrid qui ait mûri pendant cette séquestration, moi aussi. Je vais reprendre le cours de ma vie, je vais voir quelles perspectives de travail je pourrais avoir, et me concentrer sur cela m’aidera à me vider de tout cela. Mais, en attendant, et même si cela ne vient jamais, avec Íngrid ou sans elle, ma vie va continuer de manière aussi normale que possible. Et vous savez ce que j’aimerais? Que cet entretien soit le dernier. Je veux me quitter de dessus les épaules l’indiscrétion malsaine des média.

Q : au cours des derniers mois, vous avez été très dur avec le gouvernement. Aujourd’hui, que pensez-vous du président Uribe ?

R : je vous réponds à travers un exemple. Si vous mettez le feu à ma voiture, et si ensuite vous sauvez mon père, je vous remercie de l’avoir sauvé, mais je vous dis aussi que vous vous êtes comportés comme un goret en brûlant ma voiture. Le temps s’allongeait vraiment, cela fait six ans qu’Uribe est au pouvoir et il ne se passait rien. Mais, devant une opération aussi impeccable, je n’ai que de la reconnaissance.

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10 juillet 2008

INTERVIEW:Ingrid Betancourt:"Ma foi m'a sauvée"

publié le 07/07/2008

Interview exclusive de Pèlerin Magazine

Ingrid Betancourt : "Ma foi m'a sauvée"

L'ex-otage la plus célèbre du monde s'est rendue au Sacré-cœur de Montmartre ce dimanche 6 juillet pour remercier Jésus et la Vierge Marie de sa libération. Après sa prière, Ingrid Betancourt s'est confiée à Pèlerin pour dire comment sa foi s'est manifestée dans les moments les plus douloureux de sa captivité.

C’était dimanche 6 juillet, au soir, à l’issue de la messe de 22 heures célébrée en la basilique du Sacré-Coeur qui domine Paris du haut de la butte Montmartre. Ingrid avait tenu à faire ce pèlerinage avec ses proches : ses enfants Mélanie et Lorenzo, sa mère Yolanda, sa sœur Astrid, et quelques autres. Parce qu’elle voulait tenir une promesse faite durant sa captivité : remercier d’abord et avant tout Jésus et la Vierge Marie de lui avoir rendu sa liberté.

C’est dans la chapelle située derrière le chœur de la basilique qu’elle et sa famille ont prié. Malgré l’heure tardive et la fatigue, Ingrid a accepté de se confier aux lecteurs de Pèlerin, pendant plus d’une demi-heure. Elle a dit la foi qui l’a soutenue dans l’épreuve, son amour pour Jésus et Marie, ses lectures de la Bible et de l’Evangile qui lui ont donné la force de ne pas céder à la haine contre ses geôliers.

Votre premier geste de femme libre a été un signe de croix, votre premier mot a été pour remercier Dieu et la Vierge Marie. Pourquoi avez-vous éprouvé ce besoin ?

Alors que j’étais en captivité, j’avais pris la résolution, lorsque le moment viendrait d’être libre, de remercier en premier le Seigneur. Pourquoi ? Parce que si je n’avais pas eu le Seigneur à mes côtés, je ne pense pas que j’aurais réussi à grandir dans la douleur. Etre otage vous place dans une situation de constante humiliation. Vous êtes victime de l’arbitraire complet, vous connaissez le plus vil de l’âme humaine.

Face à cela, il y a deux chemins. Soit on se laisse enlaidir, on devient aigre, hargneux, vindicatif, on laisse son cœur se remplir de rancune. Soit on choisit l’autre chemin, celui que Jésus nous a montré. Il nous demande : «Béni ton ennemi». A chaque fois que je lisais la Bible, je sentais que ces mots s’adressaient à moi, comme s’Il était en face de moi, qu’Il savait ce qu’il fallait me dire. Et cela m’arrivait droit au cœur.

Bien sûr, je reconnais que lorsque l’ennemi est atroce, c’est difficile d’être fidèle à cette parole. Pourtant, dès que je faisais l’exercice de prononcer «Béni ton ennemi» –alors que j’avais envie de dire tout le contraire– c’était magique, il y avait comme une espèce de… de soulagement. Et l’horreur disparaissait, tout simplement. Des choses comme celle-là, je pourrais vous en raconter des jours durant. Je sais, je sens, qu’il y a eu une transformation en moi et cette transformation, je la dois à ce contact, à cette capacité d’écoute de ce que Dieu voulait pour moi. Ce fut un dialogue constant avec Dieu à travers l’Evangile !

Cette foi qui vous a porté durant toutes ces années était-elle là dès le premier jour ? Y a-t-il eu un
événement spécial ? Une pensée particulière qui vous a tournée vers Dieu ?


Je vais vous raconter une histoire en deux temps, qui me ferait presque rire tant je me souviens parfaitement de ces épisodes. Au début de ma captivité, je me suis dit : «Bon, tu vas passer des mois et des mois ici, alors autant lire la Bible», que je ne connaissais pas. En l’ouvrant, je tombe sur les épîtres de saint Paul. Je le cite de mémoire, c’est à peu près cela : «Tu peux solliciter ce que tu veux, de toute façon le Saint-Esprit sollicitera mieux car il sait mieux que toi ce dont tu as besoin.» Quand j’ai lu ça, je me suis écriée : «Mon Dieu, c’est bien, mais ce que je veux, moi je le sais, c’est être libre !» Six ans après, en relisant la même épître, j’ai enfin compris : «Heureusement que le Saint-Esprit est là pour prier pour moi, car je suis incapable de demander ce qu’il faut.» Voilà…

Et cette foi ne vous a pas quittée ? N’avez-vous jamais ressenti des moments d’abandon, de solitude ?

La première année, c’est vrai, j’étais en lutte contre Dieu. Je lui en voulais terriblement de la mort de mon père. Je lui disais : «Pourquoi m’as-tu fait ça alors que tu sais que je t’adore ? Pourquoi me punis-tu ?» Et puis j’ai compris qu’il fallait Le remercier de l’avoir pris, car jamais papa n’aurait pu supporter ces six années d’horreur. Alors oui, je peux dire que ma foi a continuellement grandi.

C’est curieux, mais c’était comme si des choses se passaient pour que j’en comprenne d’autres. Il faut que je vous raconte ma découverte de Marie. Papa avait une grande dévotion pour la Vierge alors que moi, je dois dire qu’à l’époque, je trouvais Marie un petit peu… bébête. Disons que ce n’était pas vraiment l’image d’une femme qui me faisait rêver.

Et puis, en captivité, j'ai relu les Evangiles et je suis tombée en admiration devant elle. Sans doute parce que pour comprendre la Vierge, il faut avoir vécu, acquis une certaine maturité. Et je commence à trouver vraiment sensationnelle cette jeune fille qui accepte d’avoir un enfant alors qu’elle avait un plan de vie totalement différent. Elle court tous les risques. Pour beaucoup de chrétiens, ce sont des choses bien connues, mais pour moi, c’était une découverte. Je découvre une Marie forte, une Marie intelligente, une Marie qui a de l’humour…

Je vais vous dire : je suis tombée, comme disent les Canadiens, en amour devant Marie en lisant l’évangile de saint Jean, lorsqu’il raconte les noces de Cana. Je trouve ce dialogue entre Marie et Jésus extraordinaire. Cette complicité entre eux, c’est génial. Malgré toutes les raisons que Jésus oppose à sa mère, elle sait déjà qu’il va faire ce qu’elle veut, qu’il transformera l’eau en vin des noces par amour pour elle. En lisant ce passage, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ma relation avec mon fils, Lorenzo.

Vous avez tenu à venir, ce soir, à la basilique du Sacré-Cœur. Quel sens donnez-vous à ce pèlerinage ?

Pendant près de sept ans, j’ai fait beaucoup de promesses à la Vierge et je vais vous raconter une chose d’une importance particulière pour moi. Le 1er juin, j’écoutais Radio Catolica Mundial et j’apprends que le mois de juin est celui où l’on célèbre le Sacré-Cœur. Or, la dernière fois que j’ai vu mon père, à la veille de mon enlèvement, nous étions assis dans sa chambre, sous une image du Sacré-Cœur. Papa m’a alors pris la main, a regardé l’image et a demandé : « Sacré-Cœur, prends soin de mon cœur, prends soin de mon enfant. » Aussi, quand j’ai entendu parler du Sacré-Cœur à la radio, j’ai aussitôt tendu l’oreille.

Sur l’instant, je n’ai pas bien saisi l’histoire de sainte Marguerite-Marie –en fait, je viens juste d’apprendre son nom. Mais j’ai compris que si, comme elle, on se dévouait au Sacré-Cœur, on recevait des bénédictions. Je me souviens d’une bénédiction, en particulier, celle de Jésus promettant de toucher les cœurs durs qui nous font souffrir. Alors, j’ai fait cette prière : « Mon Jésus, je ne t’ai jamais rien demandé parce que tu es tellement grand que j’ai honte de te solliciter. Mais là, je vais te demander quelque chose de très concret. Je ne sais pas ce que cela signifie exactement “se consacrer au Sacré-Cœur”, mais si tu m’annonces, au cours du mois de juin qui est ton mois, la date à laquelle je vais être libérée, je serai toute à toi. » Et le 27 juin, un commandant de la guérilla rentre au campement et nous ordonne de préparer nos affaires, car peut-être l’un d’entre nous va être libéré. Quand il a parlé, j’ai pensé : « Voilà ! Il est au rendez-vous. » Ma libération s’est déroulée de manière très différente, mais le fait est que Jésus a tenu parole : je vis un miracle.

Lire l'interview intégrale d'Ingrid Betancourt dans Pèlerin n°6554, en kiosque dès le 10 juillet. Elle en dit plus sur les retrouvailles avec ses proches, sur Marie et sur la Bible qui lui ont permis de supporter les souffrances de sa détention, sur son témoignage de foi auprès des autres prisonniers.

Posté par VINCENT PORTIER à 19:33 - INTERVIEW - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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