11 juillet 2008
OPINION:JUAN"ESPERONS QU'ELLE GARDERA SA LUCIDITE"
Ingrid, sais-tu où tu es ?
Par Juan. En cette 61ème semaine de Sarkofrance, il convient de présenter à Ingrid Betancourt ses nouveaux copains : Christine (Lagarde), Edvige (le fichier géant d'exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information Générale), Brice (Hortefeux)…
La libération heureuse d'Ingrid Betancourt fut l'évènement de la semaine. Depuis mercredi, l'univers médiatique s'est saisi de l'affaire. Vendredi 4 juillet, les chaînes d'information nous ont fait vivre un feuilleton. L'avion atterrit. Ingrid Betancourt en sort. Elle embrasse Nicolas Sarkozy qui l'attendait en bas des marches. Carla Bruni lui fait la bise. Déclaration au micro. Ingrid prend la main du Président. Quelques heures plus tard, les deux se retrouvent à l'hôtel Marigny. Déclaration «improvisée; Nicolas Sarkozy, son épouse chanteuse qui sort un disque dans 8 jours, Bernard Kouchner, Rama Yade, les enfants de l'ex-otage et quelques autres sont sur l'estrade. Les soutiens d'Ingrid Betancourt applaudissent à chaque pause. Les paroles de l'ex-otage sonnent juste, parfois maladroites d'un trop plein d'émotions. Sarkozy a chaud.
Sarkozy a eu chaud.
Il n'y est pour pas grand chose dans cette libération. Il s'est activé. C'est tant mieux. C'est aussi son boulot. La presse étrangère s'amuse de sa surprise. Il ne savait pas. C'est peut être la vraie surprise de la journée. Quand un journaliste lui demande s'il était au courant, il répond par la négative. Quand les rumeurs de rançons versées par les Etats Unis font surface, le Ministère des Affaires Etrangères se dégage encore plus : «N'ayant pas été associés à cette opération, nous n'avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant est qu'il y ait eu des modalités de financement».
Nicolas Sarkozy a vraiment eu chaud.
La semaine avait extrêmement mal débuté pour le Président.
Certains pouvaient louer son activisme des jours précédents. En quelques jours, quelques heures, couacs et obstacles se sont multipliés. Lundi, le chef de l'état major de l'armée de Terre a démissionné. Les attaques verbales présidentielles après le dramatique fait divers de Carcassonne ont eu raison de lui. L'armée souffre du Sarkozysme. Mardi, la France a pris la Présidence de l'Union Européenne pour 6 mois. Le même jour, le Président polonais a refusé de signer le Traité de Lisbonne. Pris à parti par Sarkozy ces derniers jours sur les négociations agricoles à l'OMC, le commissaire européen Peter Mandelson, en charge du Commerce, lui a répliqué simplement : le président Français «base ses chiffres sur un scénario erroné.» Une manière diplomatique de dire qu'il ment. Mardi toujours, le patron des chaînes publiques de télévision a mis sa tête sur le billot. La veille, Nicolas Sarkozy s'était invité sur le plateau de France 3 pour ne pas répondre aux questions d'Audrey Pulvar et avait critiqué les programmes de France Télévisions.
Grâce à Ingrid Betancourt, les Français ont pu oublier quelques instants la dure réalité. A Ingrid de découvrir maintenant dans quel pays elle met les pieds.
Ingrid ne connaît pas Christine
Pour gagner moins, il faut travailler plus. Le constat a peu à voir avec le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires mis en place par le gouvernement en octobre dernier. Ce dernier plombe les comptes de la Sécu et des retraites d'environ 150 millions d'euros par mois. Le pouvoir d'achat est en berne, on le sait. Pourtant, la ministre de l'Emploi Christine Lagarde se félicite d'une hausse d'heures supplémentaires. Elle omettait de préciser que cette hausse avait démarré avant le dispositif gouvernemental d'octobre 2007. Vous avez bien lu. On travaille plus pour gagner ... moins. L'inflation générale y est pour beaucoup. le gouvernement joue sa parti également. Il encourage le déremboursement des frais médicaux, y compris pour les diabétiques et les cancéreux.
Ingrid ne connaît pas Edvige
Depuis le 27 juin, les adolescents peuvent être fichés dès 13 ans. Ce fichier s'appelle Edvige, pour Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information GEnérale. Il sert à « centraliser et analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité ou exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif... », et « analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.» La même semaine, la nouvelle Direction Centrale du Renseignement Intérieur a été créée. Elle rapporte au Président. Nulle inquiétude. C'est pour mieux lutter contre les méchants terroristes. A lire ses missions, certains blogueurs pourraient s'inquiéter: cette DCRI assurera «la surveillance des mouvements subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces». Sommes-nous subversifs et porteurs de menaces ?
Ingrid ne connaît pas Brice.
Brice Hortefeux est ce ministre d'Etat, dont la caricature aux Guignols de l'Info sur CANAL+ sue à grosses gouttes en permanence qui est charge de défendre l'identité Nationale française. L'immigration est le sujet central de la présidence Française de l'Union Européenne. Nicolas Sarkozy a annoncé son programme. Il semble vouloir gagner là-bas (à Bruxelles) ce qu'il a perdu depuis longtemps ici : la crédibilité. Les Européens accepteront-ils de «partager la honte; d'une politique d'immigration choisie qui expulse des parents sans leurs enfants ? Nos voisins ont d'autres priorités, tels le déblocage institutionnel de l'Union. Pas Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux. Cela fait 18 mois que l'Etat français traque en vain des clandestins. Il agite la menace d'une immigration galopante. Il en est réduit à expulser des parents à la sortie des écoles. Ingrid découvrira que près de la moitié des expulsions de clandestins en 2007 ont été effectués... à Mayotte. L'immigration est un sujet de divertissement pour Nicolas Sarkozy.
Ingrid Betancourt a beaucoup à découvrir sur la France de 2008.
Espérons qu'elle gardera sa lucidité.
10 juillet 2008
RETOUR SUR UN OTAGE COMME LES "AUTRES"
«Au cas par cas»
Expliquant qu'il faut apprécier «au cas par cas», le porte-parole du comité de soutien à Ingrid Betancourt, Hervé Marro, rappelle qu'il y eut «une sorte de gel du dossier » de l'otage franco-colombienne enlevée en 2002 par les Farc. «Il a bien fallu, à un moment, mobiliser l'opinion et la détermination politique.» Si le silence s'était imposé, «qui peut dire qu'Ingrid ne serait plus otage ?» interroge M. Marro. Il préfère penser que la médiatisation a concouru à la libération de plusieurs otages colombiens que leur pays et le monde avaient oubliés.
«Plus on garde le silence, moins cela fait monter les enchères», dit un proche de Bernard Kouchner. En règle générale, explique-t-il, «on préfère la discrétion», surtout les premiers jours, afin que l'otage ne «passe pas de main en main à mesure que son prix augmente». Après, si la détention dure, la stratégie évolue. Ex-otages, diplomates, journalistes, tous le répètent : «Chaque prise d'otage est un cas particulier.» C'est pourquoi les médias entendent définir leur ligne de conduite «au cas par cas». Dans les cas les plus récents, la famille de Florence Aubenas et Libération, son journal, avaient choisi d'en parler, comme Le Figaro et RFI le firent pour Georges Malbrunot et Christian Chesnot en 2004. «Mais on n'a pas parlé de Jill Carroll» (une autre journaliste enlevée ensuite en Irak), dit Jean-François Julliard, de Reporters sans frontières. Le porte-parole de RSF, Robert Ménard, note que, «malheureusement, au fil des ans, tous les médias ont été confrontés à des enlèvements, ce qui les a conduits à devenir plus responsables. Le Quai d'Orsay a de son côté acquis un vrai savoir-faire».
Les secrets d'une étrange prise d'otages en Afghanistan
Georges Malbrunot
26/06/2008 | Mise à jour : 15:22 | Commentaires
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L'homme d'affaires français Johan Freckhaus (photo d'archive), âgé de 37 ans, avait été enlevé le 29 mai dans la province de Ghazni. Libéré jeudi, il a été rapatrié en France hier en bonne santé. Crédits photo : AFP
Johan Freckhaus, un homme d'affaires français détenu par un groupe de talibans, a été libéré jeudi. Comment a-t-il été trahi ? Comment se sont engagées les négociations, avant sa libération ? Épilogue de trois semaines d'un enlèvement original, sans revendication publique ni médiatisation.
Le 29 mai, vers 3 heures du matin, Johan Freckhaus et ses trois accompagnateurs afghans un ingénieur, un géomètre et leur chauffeur quittent Kandahar pour Kaboul à bord de leur voiture. Ils rentrent d'un chantier de construction sur lequel opère leur entreprise, détenue à 70 % par une société française. À mi-chemin, vers 6 h 40, entre Moqor et Ghazni, des hommes en armes s'interposent devant leur véhicule. La capture se déroule sans coups de feu sur cette route régulièrement attaquée par des talibans, ces «étudiants en théologie» qui combattent le pouvoir afghan et ses alliés occidentaux.
Habituellement, l'ingénieur et le géomètre afghans appellent leur famille quand ils sont en chemin, mais les heures passent et c'est le silence radio. Dans la soirée, se tient la première réunion de crise à l'ambassade de France à Kaboul. Diplomates, militaires et agents du renseignement sont persuadés qu'il s'agit d'un enlèvement. L'engagement français en Afghanistan fait redouter le pire. La priorité vise à trouver des intermédiaires pour entrer en contact avec les ravisseurs.
Le lendemain, un premier Afghan est envoyé sur place près de Moqor. Sans succès. Il ne ramène aucune information fiable. Mais ce même vendredi, le frère et le père du chauffeur de Freckhaus seront plus chanceux. Ils récupèrent la voiture et les ravisseurs les autorisent à voir quelques instants le Français et les trois Afghans qui sont toujours ensemble, mais plus pour très longtemps. Leurs geôliers sont des «sous-traitants» des talibans. Ce sont les mêmes qui avaient kidnappé l'an dernier un groupe de 22 missionnaires coréens, otages qu'ils avaient ensuite «revendus» aux talibans. Deux d'entre eux furent assassinés, les autres libérés. À l'ambassade de France, on redoute alors que Freckhaus soit, lui aussi, cédé aux talibans. C'est ce qui se passera les jours suivants. Le Français, selon une source proche du dossier, sera séparé de ses camarades afghans, avant de passer entre les mains de talibans et d'être transféré plus à l'ouest près de la frontière pakistanaise, dans une région difficilement accessible. Son ingénieur et son géomètre seront détenus à part. Quant au chauffeur, il sera rapidement relâché.
Versement d'une rançon
Dans les premiers jours de l'affaire, une autre information précieuse parvient aux Français : les talibans doivent se réunir lundi, quatre jours après le kidnapping, pour définir leurs revendications. On s'attend à voir, peu après, Freckhaus sur une vidéo implorer le président Nicolas Sarkozy de revenir sur sa décision d'envoyer des renforts en Afghanistan, faute de quoi l'otage français sera exécuté.
Compte tenu du ressentiment affiché désormais à l'encontre des Français, l'heure est au pessimisme. Mais curieusement, les jours passent, et aucune revendication n'est exprimée publiquement. S'agit-il de talibans radicaux, décidés à liquider Freckhaus pour «punir» la France ou, au contraire, d'autres plus ouverts à des négociations ? Une semaine après la capture, c'est toujours l'incertitude sur le pedigree exact des geôliers de Freckhaus. Enfin, le vendredi 6 juin, les choses commencent à s'éclaircir : une première preuve de vie parvient aux Français. Les ravisseurs de Freckhaus lui tendent un téléphone, il s'entretient quelques instants avec un membre de l'ambassade à Kaboul, le temps de dire qu'il est en assez bonne santé.
En coulisses, sans que ses geôliers accentuent publiquement la pression, des négociations sont entamées. Sont-elles financières, politiques ou les deux à la fois ? Malgré le flou maintenu par les talibans, un «optimisme mesuré» gagne peu à peu les agents de la DGSE, dont l'effectif a été renforcé à Kaboul. «On avance mais lentement», disait alors l'un d'eux. Quelques jours auparavant, un service de renseignement occidental leur fit parvenir l'information qu'en échange de la libération de Freckhaus, les talibans allaient réclamer la libération d'un ou de plusieurs de leurs responsables, emprisonnés par les autorités afghanes. L'information se révélera exacte. Les ravisseurs vont exiger que six talibans, dont un de leurs chefs, arrêté à Hérat à l'ouest de l'Afghanistan, soient remis en liberté par le gouvernement du président Hamid Karzaï. L'affaire implique dès lors les autorités de Kaboul, qui ont démenti vendredi tout échange de prisonniers. Tout comme d'ailleurs un responsable taliban de la province de Ghazni, qui n'a parlé que du versement d'une rançon. Reste à savoir si tous ces démentis sont exacts, chacun étant soucieux de sauver la face. La négociation comportait effectivement un volet financier, et sur ce point, précise une source proche des pourparlers, «les ravisseurs avaient mis dans un premier temps la barre très haute».
Amoureux de l'Afghanistan, où il avait vécu plusieurs années, Johan Freckhaus a très vraisemblablement été trahi par des membres de son entourage professionnel. Dès les premiers jours, les Français en avaient acquis la quasi-certitude. La veille de son départ pour Kandahar, le mardi 28 mai en fin d'après-midi, un de ses employés l'a averti qu'il n'y avait plus de place dans l'avion qu'il pensait prendre pour se rendre sur son chantier. Freckhaus lui demanda alors de louer une voiture et un chauffeur. «C'est sans doute à ce moment-là que son enlèvement a été décidé», souligne un de ses proches.
Immédiatement après le rapt, le comportement de certains de ses employés fut jugé suspect. «Ils en savaient trop pour ne pas être impliqués dans son enlèvement», ajoute ce proche de Freckhaus, qui rappelle que cet ancien saint-cyrien, plutôt solitaire, commit sans doute une erreur en annonçant à ses collaborateurs qu'il allait bientôt quitter l'Afghanistan. «Il n'avait rien d'une tête brûlée, dit un de ses amis, mais sa passion pour l'Afghanistan avait sans doute fini par l'aveugler un peu.»
Otage en Afghanistan :
les médias ont gardé le silence
Thierry Portes
20/06/2008 | Mise à jour : 20:18 | Commentaires
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Pour la première fois, la presse a respecté les consignes de discrétion du gouvernement français.
En parler ou pas ? À chaque prise d'otage, la question revient. Pour un journaliste, il est difficile de rester muet. Pour un diplomate, surtout s'il est en charge d'un dossier aussi sensible, la discrétion est une règle de conduite. Entre les médias, les autorités et les familles d'otages, la compréhension n'est pas toujours évidente. Les choses changent. Pour la première fois, la presse française dans son ensemble n'a que très brièvement évoqué le sort de Johan Freckhaus durant sa détention.
Le porte-parole du Quai d'Orsay a vendredi publiquement remercié la presse pour sa discrétion. L'information, selon laquelle M. Freckhaus venait d'être enlevé, a initialement été publiée, dans une édition du Figaro et sur le site Web du journal, le 30 mai. Le Quai d'Orsay demandant la discrétion, elle a été retirée, pour ne plus jamais revenir, jusqu'au dénouement de l'affaire vendredi.
Mais sur le Net, la nouvelle a voyagé, reprise par plusieurs sites d'information, qui l'ont également retirée, tandis que des organes moins sérieux, comme c'est souvent le cas, s'acharnaient à combler le vide, en multipliant les informations les plus fantaisistes. La vraie surprise, en revanche, fut que les ravisseurs n'ont pas communiqué sur la Toile.
@ Isa: Johan Fre"khaus a été libéré après un mois et demi de détention et de négociations - dont les autorités françaises ont estimé, visiblement à raison, qu'elles seraient plus efficaces si elles n'étaient pas médiatisées. Par ailleurs, il a été rapatrié cette nuit, par avions, au frais des contribuables français, comme tout otage de notre pays dans son cas. Bien à vous, LEXPRESS.fr
REACTION:BETANCOURT"AFFAIRE D'ETATS OU HISTOIRE DE COEURS":LES DEUX
Compassion émolliente
Par Christophe Barbier, mis à jour le 10/07/2008 - publié le 10 juillet 2008
Six ans durant, la gestion par l'Etat français de l'affaire Betancourt a été contestable
D'abord, une immense joie. Puis une certaine gêne. Telle est la fragrance diffuse que laisse dans son sillage le spectaculaire freedom world show consécutif à la libération d'Ingrid Betancourt. Et c'est être non pas cynique, mais lucide que de vouloir tempérer l'ivresse et l'émotion du moment par quelques réflexions. Jadis, la recherche d'une distance critique préoccupait l'honnête homme. Aujourd'hui, la furia des images l'en distrait et fait mentir Descartes, qui disait : « La puissance de bien juger, de distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens, ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes. »
Qu'explose le feu d'artifice de la félicité est légitime, après tant d'années d'angoisse ; qu'il nous aveugle et nourrisse un rideau de fumée pour cacher la vérité n'est pas acceptable. Six ans durant, la gestion par l'Etat français de l'affaire Betancourt a été contestable. La libération du 2 juillet ne tient pas du miracle, elle est le fruit d'un patient travail de l'armée colombienne et d'une inflexible volonté du président Uribe : ne pas négocier avec les Farc, ne pas leur laisser un instant de répit, les détruire. Or, à Paris, cette constance lui a valu alarmes et sarcasmes : il mettait en danger la vie des otages, n'avait pas les moyens de sa politique, n'était qu'un stratège d'opérette. Mais voici qu'un homme d'Etat surgit de l'uniforme du général Tapioca, et la France des diplomates applaudit : ne devrait-elle pas, avant de s'adonner à des réjouissances qui sont déjà une récupération, présenter ses excuses ?
Que la famille d'Ingrid Betancourt ait prôné la négociation avec les Farc, ou érigé Hugo Chavez en médiateur idoine, est compréhensible. Que l'Etat français ait succombé au charlatanisme marxisto-droits-de-l'hommiste du président vénézuélien est accablant. La complaisance avec les ravisseurs de l'ex-sénatrice colombienne la protégeait peut-être, mais elle n'avait aucune chance d'aboutir à une libération : la valeur de l'otage ne cessait de monter ; la crainte des ravisseurs, de diminuer. Une telle erreur est le symptôme d'une inquiétante incompétence et d'une démocratie faible, corrompue par les miasmes d'une compassion émolliente.
Nicolas Sarkozy apprend depuis quatorze mois le métier géopolitique. L'échec du traité de Lisbonne, la fausse rupture en Afrique, la mascarade libyenne, le chaud-froid syrien, l'Union pour la Méditerranée claudicante, la vaisselle cassée en Chine : la plupart des dossiers montrent à quel point être béotien en ces matières coûte cher. L'énergie et la ténacité du président lui ouvriront sans doute les portes de l'expertise, au fil des crises et des sommets internationaux, et tout vaut mieux que l'immobilisme, déguisé en sagesse, des vingt dernières années. Il lui faut, dans les tourmentes d'aujourd'hui, tracer une route droite pour une diplomatie française qui, depuis longtemps, s'est mise à tourner en rond, à force de circonvolutions... Puissent les errances colombiennes servir à Nicolas Sarkozy de leçon de lucidité et d'humilité.
28 janvier 2008
l'enigme hugo chavez
Publications — Le Venezuela de Chávez
Maurice Lemoine
Hugo Chávez… Des centaines de milliers de Vénézuéliens maudissent chaque jour leur président et aimeraient le voir mort – ou en tout cas écarté du pouvoir. A Washington, quelques importants personnages n’en pensent pas moins. Et pourtant, depuis 1998, élection après élection, dans un cadre démocratique, « le peuple » - c’est-à-dire la majorité – approuve celui qu’il considère comme son meilleur représentant.
Comment comprendre « l’énigme Chávez » sans se pencher sur le quotidien de la « révolution bolivarienne » ? Plus pragmatique qu’idéologique, elle a su développer des programmes sociaux sans équivalent dans une Amérique latine accablée par la pauvreté. Elle prône une démocratie « participative », dans laquelle les citoyens s’emploient à devenir le moteur de leur propre histoire. Elle cherche la voie d’un « socialisme du XXIe siècle », laissant par devers lui les erreurs du passé, et manifeste une fantastique volonté d’intégration avec les autres nations de la région.
Par le texte et par l’image, loin des interprétations simplistes qu’inspire cette révolution atypique, retour sur ces années qui ont transformé le Venezuela.
Extrait du livre :
Au seul nom de Chávez, les convives ont redressé le menton comme si on venait de les gifler. Poussé par une frustration proche de la fureur, l’un d’eux a jeté : « Le mot démocratie n’est que la façade pour l’exercice d’un gouvernement autoritaire, démagogique, menteur et violent. Comment peut-il parler de démocratie ? En 1992, il a tenté de renverser le président démocratiquement élu ! »
Oui, c’est vrai ! Le 4 février 1992, béret rouge sur la tête, le lieutenant-colonel de parachutistes Hugo Rafaël Chávez Frias s’est soulevé contre le président Carlos Andrés Pérez. A trente-sept ans, le cheveu et l’œil noirs, le sourire facile, l’abord aisé, animé par une formidable détermination, Chávez déteste les sociétés bloquées, les privilèges vétustes, les avantages acquis. En ce sens, en ce temps, le Venezuela le révulse. Ou plutôt : ceux qui le dominent et le gouvernent. Depuis 1958 et la chute du dictateur Marco Pérez Jimenez, deux partis se relaient au pouvoir, Action démocratique (AD), plus ou moins social démocrate, et le Copei, un peu plus à droite que lui. Chouchouté par le créateur, reposant sur une mer d’hydrocarbures qui en fait le cinquième producteur mondial de pétrole, c’est le pays des entreprises en faillite et des entrepreneurs prospères. La seule chose qui fonctionne, c’est les élections de Miss, le base-ball, quand les balles s’élèvent dans l’air tiède et humide, sous les ovations, et, fantastique instrument de privatisation des ressources publiques, la corruption.
Les castes supérieures se sont toujours efforcées de conserver les avantages que cette hiérarchie leur procure. Par une chance inouïe, l’or noir dont elles sont les dépositaires alimente la prospérité économique de la planète. La classe moyenne fait ses emplettes, le week-end, à Miami. Le peuple... Le peuple survit dans des bidonvilles que hantent des femmes sans espoir, des grands-mères de trente ans, des garçons en colère, parfois porteurs de revolvers ou de couteaux. Dans les rues bondées et exubérantes, errent des sortes de vagabonds maigres à faire peur, pieds nus, vêtements déchirés. Les écoles, quand il y en a, disposent de toilettes dignes de celles d’une prison.
Le Venezuela de Chávez, texte et photographies de Maurice Lemoine.
Editions Alternatives, novembre 2006, 42 pages, 20 euros.
ISBN : 2862275050
La présentation du livre sur le site des Editions Alternatives

